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Le mélanome est un cancer de la peau. Il se développe soit à partir d'un grain de beauté existant, soit en formant une tâche sur une peau "vierge" de grains de beauté. La tâche formée par le mélanome (asymétrique, de couleur hétérogène), se modifie rapidement, parfois en quelques semaines seulement.
Le nombre de personnes touchées est en constante augmentation. On estime qu'il double tous les dix ans. En France, une étude a estimé que, si la fréquence continue à augmenter de la même façon dans les années à venir, un enfant né en l'an 2000 aura un risque de 1% de faire un mélanome au cours de sa vie.
Non, c'est évident. Les personnes ayant une peau très pâle qui brûle facilement au soleil, celles qui ont beaucoup de grains de beauté, surtout de grande taille (+ de 5 à 6 mm) et de formes irrégulières, et celles dont un ou des membres de la famille a (ont) développé un mélanome, ont des facteurs de risques dits "constitutionnels". Ce qui veut dire qu'elles ont un risque plus élevé de développer un mélanome par rapport à d'autres couches de la population.
A côté de cela, existe toute une série de comportements à risques: s'exposer de manière irréfléchie au soleil, particulièrement entre 11h00 et 15h00, s'exposer de manière brutale et intense, être adepte du banc solaire (qui doit rester un geste exceptionnel). C'est ce que nous appelons les risques comportementaux. Le risque est maximal lorsque ces expositions ont lieu durant l'enfance.
Tout à fait. Le soleil permet de synthétiser la vitamine D, essentielle à notre organisme. Il est ausi important pour le moral, au point que l'on soigne les dépressions hivernales, par exemple, par la luminothérapie. Il ne faut donc pas être cancérophobe, mais plutôt veiller à adopter toute une série de précautions en cas d'exposition au soleil.
Premièrement, éviter les heures les plus chaudes de la journée, lorsque les rayons solaires sont à la verticale (soit la tranche horaire 11h00-15h00). Ensuite, utiliser une protection vestimentaire (T-shirt et chapeau), surtout pour les personnes à risques et pour les enfants. Enfin, appliquer régulièrement de la crème solaire. Attention, contrairement à ce que nous laissent entendre les publicités pour ces produits, ils ne sont pas efficaces à 100%. L'indice à utiliser doit se situer entre 15 et 60 suivant le type de peau et selon le type d'exposition. L'utilisation de crèmes solaires ne doit en aucun cas permettre une exposition plus intense ou prolongée.
De façon générale, il faut éviter les expositions brutales, intenses et non protégées.
Euromelanoma a la vocation d'informer le public contre les risques encourus. Cette année le thème "Travail et loisir, trop de soleil à proscrire", rappellera que "s'exposer" ne veut pas dire uniquement "faire la crêpe". Tous ceux qui jardinent, font du sport en extérieur, travaillent dans les métiers de la construction ou au grand air (les agriculteurs, par exemple) s'exposent sans en avoir conscience, avec souvent un risque de brulûre plus grand parce qu'ils ne pensent pas à se protéger.
A côté de cette mission essentielle d'éducation, des dépistages gratuits sont organisés ce jour-là (le 13 mai), à la consultation de dermatologie et sur rendez-vous.
Quelques conseils pour l'auto-surveillance du mélanome...
Dr Marie Marchand, (consultante interne en oncologie; travaille à la mise au point de vaccins contre le cancer):A l'heure actuelle, la chirurgie reste le premier traitement du mélanome: on enlève la tumeur. Cela s'applique à la tumeur initiale ou aux métastases se développant à proximité de celle-ci ou atteignant des ganglions locaux. Lorsque la tumeur est de faible épaisseur, le patient peut être guéri par la chirugie. Il est donc très important, en cas de doute sur un " grain de beauté " de consulter un dermatologue sans attendre.
Si des métastases ont migré un peu partout dans le corps, (foie, rate, ...), on entreprend alors en plus une chimiothérapie. Toutefois, celle-ci n'est efficace que chez environ 20% des patients. C'est la raison pour laquelle des recherches se poursuivent afin d'améliorer le traitement de cette forme de cancer.
Aux Cliniques universitaires Saint-Luc, une consultation du mélanome existe depuis plusieurs années. Elle regroupe des dermatologues, des chirurgiens, des oncologues, ainsi que des médecins de l'Institut Ludwig, dont je fais partie, qui travaillent à la mise au point de vaccins contre le mélanome. Cet aspect pluridisciplinaire de la prise en charge et du suivi des patients est essentiel pour assurer la qualité et la coordination des soins.
L'Institut Ludwig est un institut de recherche international. Il existe 10 branches de par le monde, qui ont un seul thème de recherche: le cancer. Chaque centre étudie un aspect particulier de cette maladie. Nous étudions les antigènes de tumeurs reconnus par les lymphocytes T (NDLR: globules blancs responsables de la défense contre les virus et de la surveillance immunitaire du cancer).
En 1991, les chercheurs de notre laboratoire ont caractérisé le premier antigène de tumeur reconnu par les lymphocytes T sur un mélanome humain. Sur cette base, nous avons alors pu commencer à vacciner des patients atteints de mélanome, dès 1993.
Entendons-nous: il ne s'agit pas d'un vaccin préventif grand public, comme celui contre la grippe par exemple. Pour l'instant, nous travaillons à la mise au point de vaccins thérapeutiques (qui cherchent à soigner une maladie acquise) et nous sommes encore au début de cette mise au point.
Le principe de ces vaccins est d'aider le corps à se défendre contre les éventuelles cellules cancéreuses qui migrent dans l'organisme. Concrètement, le vaccin va sensibiliser les lymphocytes T qui vont alors faire leur travail de nettoyage et supprimer les cellules cancéreuses sans s'attaquer pour autant aux tissus sains de l'organisme. Ce point est la perspective intéressante du traitement: contrairement à la chimiothérapie qui détruit également des cellules saines, le vaccin va provoquer uniquement l'attaque des cellules cancéreuses.
La principale difficulté consiste dans le fait que nous travaillons presque à la carte, le traitement dépendant d'un analyse préalable de la tumeur. Nous n'avons pas encore de vaccins disponibles pour tous les patients, mais de nouveaux antigènes sont découverts chaque année et augmentent ainsi les possibilités de la vaccination thérapeutique.
Les résultats préliminaires obtenus semblent indiquer que ces vaccins sont essentiellement dépourvus de toxicité et semblent surtout être efficaces lorsque la maladie est encore localisée.
Actuellement, nous en sommes au stade de la recherche clinique: cela signifie qu'un petit nombre de patients reçoivent, avec leur accord, un traitement, encore expérimental. J'insiste sur ce point car, même si nous sommes confiants dans les perspectives d'avenir qu'offre ce traitement, la mise au point de vaccins efficaces chez une majorité de patients pourrait encore nécessiter plusieurs années de recherches. Nous espérons pouvoir réaliser dans les cinq ans à venir, des études cliniques menées à plus large échelle, ce qui constituera une étape supplémentaire dans l'avancée de nos recherches.