Cliniques universitaires Saint-Luc

Cliniques universitaires Saint-Luc

Lettre d'information n° 17 - 22 novembre 2002

Vivre dans le monde du silence n'est plus une fatalité

L'implant cochléaire est une aide auditive pour les personnes relativement sourdes, c'est-à-dire qui ont des seuils d'audition supérieurs à 80 décibels. A ce niveau de surdité, les aides auditives conventionnelles n'apportent qu'une aide limitée. en effet, les aides auditives conventionnelles amplifient les sons. Ces sons amplifiés doivent être analysés par l'oreille interne. Si la perte d'audition dépasse 80 dB, les capacités d'analyse de l'oreille interne sont nettement diminuées. Les sons amplifiés ne peuvent donc être analysés.
Avec des aides auditives conventionnelles, ces personnes entendent qu'on parle mais ne comprennent pas.

Pour les enfants nés sourds profonds, les aides auditives conventionnelles n'apportent pas une information auditive suffisamment précise. Il leur est dès lors très difficile, voire impossible, de développer une audition suffisante pour discriminer et produire la langue orale. On estime que 300 enfants par an naissent avec une telle surdité.

Actuellement, tous les enfants et adultes pouvant bénéficier d'un implant cochléaire ne sont pas opérés car cette technique reste peu connue tant par les médecins généralistes que par le O.R.L. Aux Cliniques universitaires Saint-Luc, nous posons des implants cochléaires depuis plus de 15 ans. 30 à 40 personnes sont opérées d'implant cochléaire par an. Nous sommes le premier centre francophone d'implantation cochléaire en Belgique.

Les autres appareils sont des amplificateurs de sons. Le son amplifié est ensuite analysé par l'oreille interne, la cochlée. Si l'oreille interne joue bien son rôle, le patient entend et discrimine le son (il comprend ce qui est dit).

Dans le cas d'un patient atteint de surdité profonde, la cochlée ne joue pas son rôle et le patient, s'il entend que l'on parle, ne comprend pas ce qui est dit. Il faut qu'il puisse bénéficier d'une aide auditive plus performante qui fait le travail de la cochlée.

L'implant cochléaire est formé de deux parties. La première partie est implantée dans l'oreille interne et sous la peau qui reste intègre. La deuxième partie est externe et est composée d'un appareil ressemblant à une aide auditive classique, avec un petit émetteur.

La partie externe est composée d'un processeur vocal qui analyse le son et qui le transforme en impulsions électriques qui codent les fréquences, l'intensité et la durée de la stimulation. Ces informations sont envoyées par l'émetteur à la partie interne qui est implantée. Cette partie externe s'enlève comme n'importe quel appareil auditif.

La partie interne implantée réceptionne cette information codée et la distribue au niveau des électrodes placées dans l'oreille interne. Les électrodes implantées dans la cochlée sont stimulées en fonction de la fréquence du son. Les électrodes plus basales vont coder pour les fréquences plus aiguës et les électrodes plus apicales vont coder pour des fréquences plus graves, comme cela se passe dans l'oreille normale. Ces électrodes stimulent directement les fibres du nerf cochléaire. La cochlée est donc court-circuitée par cet appareil auditif qui permet la stimulation directe des fibres du nerf cochléaire.

On peut vraiment parler de révolution, car cet appareil a permis de restaurer une audition chez des personnes qui étaient trop sourdes que pour être traitées par des appareils auditifs conventionnels.

Chez les adultes, si la perte auditive n'a pas duré trop longtemps, les résultats sont excellents. Et ce surtout si les personnes sont plus jeunes, actives et communiquent beaucoup oralement avec leur entourage. Elles peuvent retrouver une communication orale quasi normale. La moitié d'entre-eux retrouve la capacité de comprendre la télévision, la radio et d'avoir des conversations téléphoniques.

L'implant cochléaire est également indiqué chez les très jeunes enfants qui sont nés sourds ou qui sont devenus rapidement sourds profonds. Il permet de développer une audition fonctionnelle et un langage oral de façon beaucoup plus naturelle et aisée. Les efforts à fournir seront nettement moins importants pour l'enfant que s'il porte des aides auditives conventionnelles.

Il faut tenir compte du fait que la plasticité du cerveau pour le développement du langage oral diminue avec le temps. La pose de l'implant doit avoir lieu avant l'âge de 4 ans, pour permettre le développement suffisant du langage oral. Idéalement, l'implantation cochléaire aura lieu avant l'âge de 2 ans, afin de diminuer au maximum la durée de privation auditive du jeune enfant (au plus tôt l'enfant entend, au plus tôt il parle).

La technologie est très coûteuse, en effet. Il faut compter environ € 21.320,- (soit 860.000,- BEF), que l'INAMI prend en charge, mais sur base de l'acceptation d'un dossier.

Avant de proposer un tel appareil, nous réalisons bien sûr toute une série d'examens, en équipe multidisciplinaire: tests d'audition, recherche du gain apporté par un appareil auditif conventionnel, bilan logopédique (comment la personne s'exprime et appréhende le langage), bilan psychologique (la personne a-t-elle les capacités cognitives pour s'adapter à ce nouvel appareillage ?), scanner et résonance magnétique de l'oreille, test électrique de stimulation de l'oreille interne, ...

L'implant est posé lors d'une intervention chirurgicale, peu agressive. L'hospitalisation est de l'ordre de 3 à 5 jours. Un mois après la pose de l'implant commence la phase de programmation: on va rechercher les seuils d'audition de toutes les électrodes, ainsi que les seuils d'inconfort (seuils où le sujet entend et seuils où il trouve que cela va trop fort, ...).

Simultanément et après cette programmation a lieu la phase de réadaptation logopédique: le sujet doit (ré)apprendre à entendre, à reconnaître et à donner un sens aux sons qui arrivent à travers l'implant cochléaire.

Consultations: 02 764 19 42 ou 02 764 19 75