Cliniques universitaires Saint-Luc

Cliniques universitaires Saint-Luc

Lettre d'information n° 21 - 24 janvier 2003

Des banquiers un peu particuliers...

Le banque de tissus des cliniques Saint-Luc a pour but de conserver, valider et délivrer des tissus aux chirurgiens. Autrement dit, l'équipe et moi-même assumons toutes les étapes du chemin entre le donneur (prélever les tissus) et le receveur (délivrer le greffon). A l'origine, il s'agissait de fournir un matériau identique à celui qui faisait défaut. Comme le chirurgien n'avait que peu d'alternatives à sa disposition, les greffes osseuses se sont développées et dans leur sillage, celles d'autres tissus.

Ce sont surtout les tumeurs, la traumatologie et la scoliose qui ont bénéficié de la greffe de tissu osseux. Le développement de la chirurgie du cartilage et des ligaments du genou sportif nous a amenés à conserver d'autres tissus (ménisques, tendons, cartilage). Nous collaborons avec le service des grands brûlés pour les greffes de peau et avec l'European Homograft Bank pour les allogreffes de vaisseaux, ces services étant situés à l'Hôpital Militaire. Nous ne conservons pas les greffes d'organes, car ceux-ci doivent être transplantés au plus tard dans les 48h00.

On peut se demander pourquoi une telle banque existe, alors que de nombreuses prothèses artificielles sont sur le marché. Le fait est qu'il n'existe pas toujours de prothèses adaptées et qu'avec une greffe de tissus, le receveur peut éviter la prise de médicaments (par exemple, d'anti-coagulants dans le remplacement valvulaire). Enfin, chez un patient en croissance, l'utilisation d'une greffe plutôt qu'une prothèse permet d'épargner le cartilage de croissance.

Il faut tout d'abord préciser qu'il existe deux types dedonneurs, les donneurs vivants et les donneurs en état de mort cérébrale.

Les donneurs vivants sont principalement les personnes qui doivent recevoir une prothèse de hanche. pour implanter la prothèse, le chirurgien doit enlever la tête fémorale usée; l'arthrose a détruit le cartilage et nécessite la mise en place de la prothèse, mais l'os sous le cartilage est généralement de bonne qualité et peut encore être utilisé. Ce fragment osseux sera conservé à la banque d'os et, après traitement, pourra servir de greffon.

Devenir donneur suite à une mort cérébrale peut concerner chacun d'entre nous, chacun étant donneur potentiel, selon la loi. La loi applique le principe de solidarité présumée selon lequel toute personne n'ayant pas manifesté de son vivant son opposition à cette loi est supposée d'accord avec le prélèvement d'organes et de tissus après la mort. Dans les faits, pour les personnes qui n'ont pas exprimé clairement leur souhait (que ce soit pour être donneur ou pas), les médecins demandent à la famille l'autorisation de prélever les organes et certains tissus. A défaut d'une démarche personnelle auprès de votre administration communale, il vous est donc conseillé d'informer votre famille sur votre opinion vis à vis du don.

Nous pouvons entièrement les rassurer: le prélèvement d'organes se fait dans le respect du corps du défunt et nous laissons le moins de traces possible de ou des opérations qui ont été pratiquées. Les greffes osseuses sont remplacées par des prothèses ajustables qui ont été élaborées dans ce but et toute incision est soigneusement suturée.

Il faut s'assurer que le tissu peut être greffé sans aucun risque de transmission de maladie.

Dans le cadre d'un donneur vivant, nous obtenons son consentement écrit et nous l'interrogeons sur ses antécédents médicaux. Ensuite, une analyse du sérum sanguin nous permet de détecter la présence d'anticorps contre certains virus. C'est un bon indice, mais nous devons toujours être sensibles à la période d'incubation. Par exemple, le virus du SIDA, ne se détecte qu'après quelques semaines. C'est pourquoi nous mettons ces greffons en "quarantaine", pendant 6 mois, suite à quoi nous refaisons une analyse de sang.

Pour les donneurs qui ont été également donneurs d'organes, la démarche est un peu différente. Nous pratiquons des analyses en biologie moléculaire pour démontrer la présence éventuelle de gènes de virus pathogènes. de ce fait, le risque de transmettre une maladie est très réduit, pour ne pas dire nul. En plus, nous attendons de connaître l'état de santé des personnes qui ont reçu un organe du même donneur.

Pour offrir encore plus de sécurité, le greffon peut être "sécurisé", c-à-d nettoyé avec des solvants. Ensuite, il sera congelé ou lyophilisé, selon l'utilisation que désire en faire le chirurgien. Les greffons sont finalement conditionnés et stérilisés par irradiation.

La greffe d'os mise à disposition des chirurgiens représente l'aboutissement d'un long processus qui en fait un greffon sûr et fiable. Si le risque zéro n'existe pas, le risque résiduel est extrêmement faible pour ne pas dire nul. Il peut s'évaluer à 1 cas sur plusieurs dizaines de milliards. Ce n'est donc plus un risque réel.

Le greffon est conservé en attendant la demande d'un chirurgiEnsuite, que ce soit pour un os long, comme un fémur, un fragment d'os ou du cartilage, qui peut servir, par exemple, à réparer un tympan ou un osselet de l'oreille moyenne. Les greffons peuvent être stockés pendant cinq ans.

En effet, et c'est pourquoi Nous avons différents projets de recherche en cours. Le premier consiste à développer de nouvelles procédures de traitement chimique, afin d'augmenter l'expression naturelle des facteurs de croissance présents dans le tissu. Le second est du domaine de la thérapie cellulaire. Nous voudrions pouvoir, grâce à une culture de cellules issues de la moelle, sélectionner les cellules qui sont capables de former de l'os. Nous les ferions alors pousser sur un greffon osseux de banque. L'idée est d'obtenir un greffon de la bonne taille et participant activement à la guérison par la présence des cellules.

La greffe de tissus a permis beaucoup de progrès en chirurgie et l'avenir reste toujours aussi prometteur.

En savoir plus

Illu 1: Suite à un cancer, cette petite fille a bénéficié de deux greffes osseuses au niveau des jambes.
Qui pourrait s'en douter?
Illu 2: Os lyophilisé. L'étiquettage permet un suivi tout à fait correc des greffons.