Cliniques universitaires Saint-Luc

Cliniques universitaires Saint-Luc

Lettre d'information n° 24 - 7 mars 2003

Soutenir la recherche... parce que les traitements de demain se découvrent aujourd'hui dans les laboratoires

Je joue le rôle d'interface entre le laboratoire et l'hôpital. L'un ne va pas sans l'autre: les nouveaux traitements, les associations de molécules, se créent au laboratoire, in vitro, mais le feed-back clinique (l'efficacité des nouveaux traitements, comment les patients tolèrent ces médicaments ...) est évidement très important. Il faut pouvoir passer de l'un à l'autre, en tirant les leçons qui s'imposent.

Le laboratoire pour lequel je travaille s'occupe principalement de recherche fondamentale. Il étudie les mécanismes d'action des agents de chimiothérapie sur les cellules leucémiques. Le but est d'essayer soit de trouver de nouvelles molécules, soit d'améliorer l'action de substances connues (en en combinant plusieurs, par exemple).

Nous venons de terminer une étude sur une nouvelle association de médicaments. Entre les premiers indices en laboratoire et la publication d'un article scientifique, donnant les résultats auxquels nous sommes parvenus, il a fallu compter environ 4 ans. un travail de longue haleine!

Il s'est avéré que combinés, deux agents chimiothérapiques donnaient de meilleurs résultats que seuls. Ces résultats ont été encourageants au point de passer aujourd'hui à une application clinique: nous utilisons désormais la combinaison étudiée comme traitement.

Je précise que les études sont d'abord réalisées en "phase I": il faut observer si la molécule découverte (dans ce cas ci, l'association de deux molécules) est tolérée par l'organisme. Il n'est donc pas possible, à ce stade-là, d'évaluer leur efficacité, comme la fréquence avec laquelle ils induisent une rémission. C'est la toxicité des agents chimiques qui est étudiée.

Bien sûr, les patients qui entrent dans ces études à ce stade le font sur base volontaire et nous, en tant que médecin, veillons à ce que la participation à ces études n'altère pas les chances de guérison de ces patients.

Lors d'étapes ultérieures, nous avons la possibilité d'étudier l'efficacité du traitement.

Oui, cela est possible. C'est pourquoi, malgré que ce ne soit pas l'objectif des phases I, si, pendant ces périodes, nous n'obtenons aucun résultat en terme d'efficacité, il y a fort à parier que nous ne passerons pas aux phases suivantes de recherche.

Mais parfois aussi, c'est lors des phases ultérieures que nous nous rendons compte que le traitement n'est pas aussi prometteur qu'escompté. Cela explique pourquoi la recherche, même si elle progresse, le fait parfois à pas de souris.

Il faut aussi préciser que pour les phases ultérieures des études cliniques, les molécules doivent être testées à grande échelle. Or, les leucémies sont des maladies rares. Il importe donc de se regrouper, que ce soit au sein d'un même réseau universitaire, d'un pays, voire internationalement.

La recherche est un travail de longue haleine, qui demande beaucoup d'investissements en temps, en matériel, mais aussi en personnel. On imagine souvent le chercheur seul dans son laboratoire, mais c'est faux: techniciens, data manager (ceux qui récoltent des données), médecins, ... travaillent de concert.

Il faut pouvoir payer ces personnes et leur donner les moyens de continuer à avancer. Le matériel, par exemple, coûte cher mais est indispensable. des actions comme le Télévie, qui s'intègrent dans la source de financement qu'est le FNRS, s'avèrent donc très importantes, tout comme le soutien de la Fédération belge contre le cancer, de Salus Sanguinis, ou de différentes fondations.

Les firmes pharmaceutiques ont des moyens importants, qui leur permettent en effet de faire de la recherche. En tant qu'hôpital universitaire, Nous avons néanmoins un rôle très important à jouer, car nous sommes en contact direct avec les patients et avons la possibilité de développer des études cliniques. Il importe donc de travailler la main dans la main avec les firmes pharmaceutiques, et c'est ce que nous faisons.

Bien sûr, les firmes pharmaceutiques s'attachent aux formes fréquentes des maladies. En tant qu'université, parce que nous pouvons garder notre indépendance, nous avons la possibilité de nous préoccuper des formes les plus rares et de choisir des projets qui n'ont pas un impact commercial immédiat. Les compagnies pharmaceutiques peuvent alors être impliquées dans des phases ultérieures de développement d'un médicament.