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Il faut bien différencier les deux. Le dopage, c'est la prise de substances interdites par le Comité International Olympique et l'Agence Mondiale Antidopage (WADA-AMA). Cette dernière, issue de l'initiative du monde sportif et des gouvernements a établi une liste des substances dopantes interdites. Cette liste est reconnue par toutes les instances sportives.
Les suppléments alimentaires sont des substances non-interdites, prises en complément de l'alimentation, généralement par les sportifs. Il ne s'agit pas de dopage au sens juridique du terme dans la mesure où les substances ne sont pas reprises sur la liste officielle.
Ces sportifs recherchent la performance mais refusent le dopage. Ils prennent ces suppléments dans l'espoir d'augmenter leurs performances sportives ou d'accélérer la récupération, ce qui revient au même. Il y a actuellement un phénomène de mode en faveur de telles pratiques, particulièrement dans le monde du "fitness" et de la compétition sportive dans la plupart des disciplines.
Cette tendance déborde du monde des sportifs. Elle est surtout remarquable aux Etats-Unis et commence à s'étendre à l' Europe. De plus en plus de personnes pourtant en bonne santé prennent pilules et poudres de tous types pour être plus en forme, plus tonique, pour "éviter les carences", maigrir, améliorer son sommeil, etc.
Fondamentalement, en dehors d'une maladie objectivée, tant pour les sportifs que les non-sportifs, de telles pratiques ne se justifient pas, pour peu que l'on ait une alimentation équilibrée.
Pour quelques rares substances, on ne peut pas exclure un discret effet. La grande majorité de ces substances sont cependant tout à fait inefficaces. Les rares effets réels sont tellement faibles qu'ils ne sont finalement pertinents que pour les sportifs de très haut niveau pour qui la victoire se joue à très peu de choses. En outre, les données actuelles de la science ne permettent pas de préciser quelles sont les substances éventuellement efficaces, à de très rares exceptions près.
Enfin, en bref, l'avantage très hypothétique de la prise de suppléments alimentaires n'est pas du tout contrebalancé par le risque réel de les prendre.
Les dangers sont multiples. Les cas d'intoxications aux conséquences parfois dramatiques ne sont pas exceptionnels. Les suppléments alimentaires ne sont pas des médicaments enregistrés. La qualité de leur préparation ainsi que leur pureté n'est pas aussi contrôlée que celles des médicaments.
Il y peut y avoir danger si des substances à priori inoffensives sont consommées en quantité massive (le sportif multiplie souvent les doses recommandées par un facteur 2, 5, 10...) ou si elles sont associées sous forme de cocktails hasardeux.
Ces suppléments ne contiennent pas toujours uniquement ce qui est renseigné sur l'étiquette. Les compléments qui ne sont pas vendus en pharmacie sont moins contrôlés, il y a donc des risques d'impureté dans les produits ou le risque que ces produits contiennent des substances non-renseignées sur l'étiquette ou en plus grande quantité que ce qui est renseigné sur l'étiquette. L'exemple des herbes chinoises est connu. 1
Ensuite, en consommant des suppléments alimentaires on consomme parfois des dopants sans le savoir. Une étude allemande commanditée par le CIO en 2000 a démontré que parmi 600 préparations communément consommées par les sportifs, 15 à 20% des préparations contenaient en fait des substances dopantes interdites non renseignées sur l'étiquette. Ce phénomène explique une partie des sportifs positifs aux contrôles "malgré eux". Une autre étude récente a montré qu'une préparation de créatine (un dérivé d'acide aminé très en vogue dans le monde sportif) ne contenait en fait. pas de créatine du tout ! En bref, en prenant ces préparations, le plus souvent on ne peut jamais être sûr de ce que l'on consomme. Mes craintes vont vers ces très nombreux pratiquants du fitness qui consomment des anabolisants, amphétamines et autres hormones thyroïdiennes sans le savoir...
Enfin, susciter l'usage de suppléments alimentaires et autres vitamines peut faire le lit du dopage pour certains; et favoriser de telles pratiques équivaut à faire croire qu'il n'y a pas moyen de pratiquer du sport sans supplémentation. Si l'on inculque aux sportifs qu'il faut absolument prendre des pilules quand on fait du sport, un jour ils ne prendront plus que les pilules...
La prise de compléments est une dérive de notre société moderne. On travaille trop, la fatigue s'installe. Au lieu de prendre le temps de se reposer, on préfère prendre une pilule. C'est la solution de facilité, le "quick fix". Les sportifs, eux, prennent du sport en pilule... Nous perdons nos bonnes habitudes d'hygiène de vie.
1. A Bruxelles, au début des années 90, plusieurs femmes fréquentant le même cabinet médical spécialisé dans l'amaigrissement et consommant des comprimés contenant des herbes chinoises ont toutes soufferts d'insuffisance rénale.