Cliniques universitaires Saint-Luc

Cliniques universitaires Saint-Luc

Lettre d'information n° 66 - Juin 2006

Passent-ils trop de temps sur internet ?

Oui, en 2004, les Belges de 12 à 17 ans ont passé 37 % de leur temps libre à la fréquentation des écrans (TV, internet, jeux vidéos), 15 % à l'étude et 16 % à la musique. Le sport, les activités culturelles et la lecture viennent bien après.

Quand ils utilisent les multimédias, les jeunes déclarent volontiers trois objectifs: communiquer, s'amuser (jouer aux jeux vidéos, télécharger de la musique, etc.) et s'informer.

La réponse est nuancée. L'usage est positif jusqu'à une certaine limite d'intensité. Heureusement, la majorité des jeunes ne dépasse jamais ce seuil. Si une minorité le fait, c'est très occasionnellement, par curiosité ou lors d'une mauvaise passe. Très peu s' enlise.
Via la fréquentation des multimédias, les jeunes vivent la réussite de projets et développent des compétences personnelles originales. Tout ceci est bénéfique pour la confiance en soi et la construction de l'identité. Ils y trouvent aussi le moyen de satisfaire leur curiosité, de décharger leur surplus d'agressivité ou leurs pulsions sexuelles. (via des jeux vidéos violents ou des conversations intimes). Ils se permettent aussi de "petites transgressions commodes": désobéissance aux parents sur les horaires ou les sites fréquentés, petits piratages, expertise théorique acquise en matière de cannabis, etc. Selon les sites ou les forums fréquentés, ils sont porteurs de "pseudos" et de comportements différents qui leur offrent autant de possibilités d'explorer les multiples facettes de leur identité.

Il y a des risques de dépendance, mais elle ne touche qu'une petite partie des mineurs d'âge: 2 à 4 % des jeunes utilisateurs d'Internet sont vraiment cyber-dépendants.En fonction de leur culture familiale et de leurs références, il arrive que les parents évaluent mal la consommation de leurs enfants. Cependant, il ne faut pas assimiler une consommation abondante et fréquente à de la dépendance. Elle peut tout simplement être une façon de passer le temps, de fuir le monde scolaire ou la manifestation d'une passion, d'un investissement: par exemple, la création de site internet. Il faut cependant faire attention à ne pas laisser les jeunes s'habituer à la sédentarité.

Oui, ce sont les résultats du retournement qualitatif des bénéfices apportés par les multimédias. Le sentiment de compétence peut se transformer en ivresse de toute-puissance. L'adolescent devient esclave d'une machine lui procurant tant de jouissances et d'illusions et le poussant même à expérimenter dans le monde réel l'une ou l'autre stratégie violente dont il s'est déjà repu virtuellement. La rencontre faite avec la sexualité peut se focaliser sur un point particulier et la réduire à sa dimension pornographique ou perverse. Le jeune peut rechercher des connaissances antisociales et tenter de les mettre en pratique. D'autres, manquant fondamentalement de confiance en soi, se coupent des liens sociaux incarnés et ne fréquentent plus que les cybermondes où l'autre n'est présent qu'indirectement et où il a la maîtrise de l'anonymat et du débranchement. Enfin, l'éducation et la critique scientifique étant absentes, l'adolescent est confronté à trop de savoir erronés ou superficiels.

La durée de fréquentation des multimédias doit être contrôlée et ceci depuis l'âge le plus tendre (celui des Gameboys). Le temps passé ne doit pas mordre sur les tâches scolaires ou les besoins en sommeil réparateur. La présence des parents est essentielle. Ils doivent apporter leurs témoignages et dialoguer avec leurs enfants sur les multimédias, les expériences faites sur le net, mais aussi les enjeux de vie plus larges. Les jeunes doivent être conscients qu'un délit commis sur le net a le même poids qu'un délit commis dans la vie réelle.Il faut aussi encourager ses enfants à parler des expériences négatives vécues sur le net et les aider à les assumer, sans les gronder (pour ne pas trahir leur confiance). les logiciels de contrôle parental ne sont pas très efficaces. Ils ne sont qu'une illusion de sécurité. Il en va de même pour la signalétique des jeux vidéos. Il est plus payant que les parents accompagnent les premiers pas des jeunes sur internet et protègent les plus sensibles des sites ou jeux estimés traumatisants.

En savoir plus