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La mémoire est un système qui permet d'enregistrer des événements et de les emmagasiner pour l'avenir. Cela implique des processus d'enregistrement, de stockage et de récupération. La plupart du temps, la mémoire fonctionne de manière automatique: on enregistre ce qui se passe autour de nous, sans faire aucun effort. Mais nous pouvons également focaliser notre attention volontairement sur un aspect ou l'autre, et essayer de le retenir. La mémoire ne retient que certains aspects, liés entre eux par des indices. Lorsqu'on cherche qui était à telle réunion il y a trois mois, souvent, on a besoin de s'aider: où a eu lieu la réunion? De quoi a-t-on parlé? ... Et petit à petit, la scène se reconstruit. Mais ce n'est jamais la copie exacte de l'original: nous avons tendance à interpréter ce dont nous nous souvenons, en fonction de nos attentes, de notre état d'esprit...
C'est le phénomène du "mot sur le bout de langue": impossible de traduire le souvenir. C'est la capacité à s'exprimer qui est grippée: on a bien récupéré le contenu, mais on n'arrive pas à le mettre en paroles: ce n'est donc plus un problème de mémoire, mais de langage. Exemple typique: les noms propres (je vois bien la personne, mais je n'arrive pas à mettre un nom dessus).
Oui et il y a différentes façons de s'y prendre. Pour certains, il faudra mettre l'accent sur la mémoire visuelle ; pour d'autres, les mots sont les plus importants: c'est probablement la création d'une histoire qui va leur permettre de lier les éléments à retenir ; certains préfèreront les moyens mnémotechniques, les chiffres...A vrai dire, il n'y a pas de recettes miracle. Il faut simplement que le sujet soit motivé par la méthode choisie. Quoi qu'il en soit, plus les indices sont nombreux autour d'un élément à retenir, plus on a de chances de le retrouver plus tard. Autrement dit, plus on comprend ce que l'on cherche à retenir, meilleure sera le souvenir !
Effectivement, en première année, il y a beaucoup de concepts nouveaux à assimiler et pour l'étudiant ou le jeune enfant, c'est une étape difficile ; par la suite, plus on avance dans le cursus et plus l'étude devient aisée: les indices sont nombreux, la compréhension est meilleure, et donc on restitue le ou les élément(s) plus facilement.
Chaque personne "normale" a des capacités de base assez semblables pour "retenir", au sens "d'enregistrer des événements". La différence se trouve dans notre habilité à utiliser ces capacités. Or, à ce niveau beaucoup de facteurs peuvent intervenir. "Avoir une bonne mémoire" ou "entraîner sa mémoire" sont des expressions vides de sens. La question est plutôt: "suis-je un expert dans ce type de connaissance, de domaine?". Si oui, vous avez toutes les chances de retenir de nombreux éléments liés à ce point précis. L'important est donc de bien identifier vos centres d'intérêt et les moyens qui sont les vôtres pour stocker les éléments qui vous intéressent. Il ne faut pas imiter les autres, mais découvrir ce qui vous convient. Le contexte est également important: un étudiant doit retenir de la matière, il ne lui servira à rien de "s'entraîner" en faisant des mots croisés !
Oui, tout dépend de la quantité. Ne plus savoir où l'on a posé ses clés: cela arrive à tout le monde. Contrairement à une idée faussement répandue, l'âge ne diminue pas de façon significative notre capacité à retenir. Il y a bien un ralentissement des processus cognitifs en général, incluant la mémoire, mais peu signifiant. Une personne de soixante ans en bonne santé pourrait donc, en principe, retenir la même quantité de matière qu'un étudiant de vingt ans, cela lui demandera toutefois nettement plus de temps et d'énergie.
Certains sont liés à différentes maladies. Par exemple, on peut avoir des difficultés d'enregistrement des évènements en cours, ce qui est typiquement le cas dans la maladie d'Alzheimer. Il est important de comprendre la spécificité du déficit mnésique propre à la maladie d'Alzheimer, car une proportion très importante des sujets ayant passé la cinquantaine se plaignent du fonctionnement de leur mémoire. Contrairement au vieillissement normal, les patients Alzheimer débutants présentent des troubles mnésiques caractéristiques: atteinte prédominante de l'encodage des faits récents et inefficacité relative des indices qui doivent normalement aider à récupérer le matériel supposé avoir été mémorisé. Dans l'évaluation de ces patients, il est capital d'interroger un parent proche ou ami qui connaît bien le patient, car bien souvent celui-ci n'est pas en mesure d'apprécier objectivement la portée de ses troubles mnésiques. Lorsqu'on présente des troubles de mémoire de ce type, on "oublie qu'on oublie".
Oui, les troubles de mémoire sont une plainte assez constante chez les patients déprimés. Il arrive parfois que les troubles de la mémoire occupent l'avant scène du tableau clinique et "cache" le fond dépressif. Le trouble anxieux, constitutionnel ou acquis, s'accompagne bien souvent d'une impression de mauvais fonctionnement de la mémoire. La consommation d'alcool ou de médicaments (tranquillisants, somnifères, sédatifs, certains antidépresseurs) sont souvent rencontrés à l'origine des troubles mnésiques. Les médicaments n'engendrent pas des troubles persistants: quand on cesse de prendre le médicament, le trouble doit s'arrêter. De plus en plus nombreux sont les médecins qui recommandent à leurs patients une consultation spécialisée de la mémoire.
(Propos recueillis par XL)