Lettre d'information n° 78 - Octobre 2007

Epilepsie réfractaire. Renaître grâce à la chirurgie

Christian Raftopoulos

Le terme "épilepsie réfractaire" désigne les épilepsies "incurables" à l'aide de traitements médicamenteux. Sur l'ensemble des patients souffrant d'épilepsie, 30 à 40% ne répondent pas aux traitements classiques. Pour eux, le recours à la chirurgie constitue l'unique espoir. Ce type d'épilepsie est très invalidant car il empêche le patient de mener une vie normale. Les crises à répétition peuvent causer des troubles cognitifs parfois proches de la démence ou de troubles du langage aussi graves que l'aphasie. Ces patients sont pris en charge au Centre de référence pour l'épilepsie réfractaire des Cliniques universitaires Saint-Luc (lire encadré ci-après).

En fonction du type d'épilepsie, en plus des techniques classiques, trois types d'interventions chirurgicales plus spécifiques sont pratiquées.

  1. La déconnexion les uns des autres des neurones malades (transsections sous-piales multiples) permet de limiter la propagation des crises à l'ensemble du cortex cérébral.
  2. Certains petits patients peuvent également bénéficier d'une hémisphérotomie. Il s'agit d'isoler les deux hémisphères cérébraux l'un de l'autre. Cette intervention se pratique habituellement chez de très jeunes enfants nés avec un des deux hémisphères mal formé ou détruit par un accident anténatal ou encore lors d'encéphalite chronique (maladie de Rasmussen). En isolant l'hémisphère malade de l'hémisphère sain, le chirurgien permet à ce dernier de prendre le relais et de refonctionner normalement au prix de séquelles moins lourdes que les crises persistantes.
  3. Le troisième type d'intervention (l'amygdalo-hippocampectomie sélective par voie transylvienne) présente l'avantage de préserver le cerveau sain et de ne retirer que le foyer épileptogène.

Lorsqu'aucune résection ou déconnection n'est envisageable (quand les zones épileptogènes sont diffuses ou non identifiables), le neurologue préconise la mise en place d'un stimulateur du nerf vague. Le stimulateur est implanté chirurgicalement. Cette technique améliore les patients épileptiques dans deux tiers des cas. Pour ceux qui ne répondent pas non plus à ce traitement, un protocole de recherche de stimulations intracrâniennes existe au sein du Centre de l'épilepsie réfractaire : cinq patients ont déjà été implantés.

Ces techniques sont assez récentes et malheureusement encore peu connues du grand public. La chirurgie de l'épilepsie fait toujours peur et "paralyse" les patients. La meilleure façon de lutter contre la peur est l'information. C'est pourquoi l'Académie royale de Médecine de Belgique organise une conférence ouverte à tous, intitulée "Renaissance après une chirurgie de l'épilepsie". Cette conférence aura lieu le 24 novembre 2007 au Palais des Académies (rue Ducale 1b, 1000 Bruxelles).

(Propos recueillis par GF)

K van Rijckevorsel

Le Centre de référence pour l'épilepsie réfractaire

Le Centre de référence pour l'épilepsie réfractaire des Cliniques universitaires Saint-Luc est composé d'une équipe pluridisciplinaire coordonnée par le Pr K. van Rijckevorsel (épileptologue) et le Pr C. Raftopoulos (neurochirurgie) avec la collaboration des : Pr Th. de Barsy (revalidation), Dr M. de Tourtchaninoff (neurophysiologie), Pr A. Devolder (imagerie fonctionnelle), Dr S. Ghariani (neuropédiatrie), Pr C. Grandin (imagerie), Pr A. Ivanoiu (neuropsychologie), Pr M. C. Nassogne (neuropédiatrie), Pr Ch. Sindic (neurologie), Dr G. Ribeiro-Vaz (neurochirurgie), Dr P. Vrielynck (neurophysiologie).

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