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11/12/2015

Préserver la fertilité des enfants

Saint-Luc est à la pointe dans le domaine de la préservation de la fertilité des patients bénéficiant d'un traitement potentiellement toxique pour leurs ovaires ou leurs testicules. Y compris chez les enfants... Explications.

Les traitements anticancer permettent de sauver de nombreuses vies, mais ils ne sont pas dépourvus d’effets secondaires. Ainsi, la chimiothérapie et la radiothérapie peuvent être toxiques pour les ovaires et les testicules, et donc compromettre les chances des patient(e)s d’avoir des enfants un jour. La préservation de leur fertilité future est donc devenue une préoccupation importante du corps médical. Bonne nouvelle : des solutions existent déjà et d’autres sont à l’étude !

La solution? La cryopréservation
La cryopréservation permet de conserver par le froid des cellules ou des tissus sur de longues périodes. Après la puberté, il est ainsi possible de récupérer les ovules (chez les femmes après 16 ans) ou les spermatozoïdes (chez les hommes) avant l’administration du traitement. Celui-ci est dit «gonadotoxique», car il altère les gonades (c’est-à-dire les ovaires et les testicules) en même temps que les cellules cancéreuses. « La congélation des spermatozoïdes et des ovules est d’ailleurs devenue une technique routinière », explique le Pr Christine Wyns, chef du Service de gynécologie-andrologie de Saint-Luc.

Une autre option pour les enfants
Le problème, c’est que cette option-là n’est pas applicable aux enfants, puisqu’ils n’ont pas encore passé la puberté durant laquelle les spermatozoïdes ou les ovules deviennent matures et peuvent alors remplir pleinement leur fonction reproductive. Chez ces jeunes patients, on propose donc de prélever et de cryopréserver un fragment de testicule ou d’ovaire. Cette option est actuellement proposée presque systématiquement à tout enfant devant être traité pour un cancer ou recevoir un traitement gonadotoxique dans le cadre de la prise en charge de certaines pathologies non cancéreuses (drépanocytose, maladies auto-immunes, etc.). Plus tard, le tissu cryopréservé pourra être décongelé et, théoriquement, greffé chez les patients en rémission. Une fois regreffé, ce tissu pourrait produire des cellules reproductrices matures.

Quid chez les garçons ?
Si les résultats obtenus chez la femme semblent encourageants(1), le Pr Wyns souligne qu’« à l’heure actuelle, aucune des options de restauration de la fertilité à partir du tissu testiculaire immature cryopréservé n’a démontré son efficacité chez l’humain de sexe masculin ». Ce qui ne l’empêche pas, ses collaborateurs et elle, de mener des recherches sur la façon dont on pourrait obtenir des spermatozoïdes matures à partir des cellules immatures ! Saint-Luc est d’ailleurs l’un des premiers centres au monde à avoir développé la cryopréservation du tissu testiculaire immature et est à la pointe de la recherche dans le domaine de la restauration de la fertilité à partir de ce tissu.

De bons espoirs pour l’avenir
« Actuellement, les recherches dans ce domaine avancent vite et les conditions de culture permettant d’obtenir des spermatozoïdes in vitro devraient être réunies prochainement », explique le Pr Wyns. « Il restera à démontrer que ces spermatozoïdes peuvent donner naissance à des enfants en bonne santé. » Les chercheurs tentent également d’améliorer les conditions de greffe du tissu testiculaire décongelé et vont étudier sous peu la transplantation des cellules souches isolées (voir encadré). Si la restauration de la fertilité à partir de tissu ovarien ou testiculaire immature est encore au stade expérimental, elle n’en apporte pas moins un espoir aux patients confrontés à un risque de stérilité future. Affaire à suivre.


Comment obtenir des spermatozoïdes matures ?
Trois options sont envisageables pour l’utilisation du tissu testiculaire cryopréservé :
• La greffe du tissu testiculaire: dans ce cas, le fragment de tissu est repositionné dans son entièreté. Cette option n’est toutefois pas envisageable pour les patients qui présentent un risque de contamination de leur tissu testiculaire par des cellules cancéreuses.
• La transplantation des cellules souches isolées : ces cellules, qui donneront naissance aux spermatozoïdes, peuvent être isolées après décongélation du tissu testiculaire, et transplantées chez l’homme jeune en rémission. Cette approche permettrait une restauration naturelle de la fertilité.
• La maturation in vitro : il s’agit de réaliser le processus de spermatogenèse en laboratoire, à partir des cellules souches contenues dans le tissu testiculaire décongelé.
Les résultats obtenus dans les modèles animaux sont très encourageants, mais ne sont pas encore applicables chez l’être humain.


Qu'est-ce que la spermatogenèse ?
Les spermatozoïdes sont produits à partir des cellules souches testiculaires, les spermatogonies. Une cellule souche est une cellule précurseuse, capable de se transformer en n’importe quelle cellule mature, dans ce cas-ci, en spermatozoïde. Ce processus de production des spermatozoïdes à partir des spermatogonies est appelé spermatogenèse.

Bon à savoir
La Banque de tissu testiculaire immature de Saint-Luc a été créée en 2005. Elle compte plus d’une centaine de prélèvements testiculaires conservés dans de l’azote liquide. Environ 80% de ces prélèvements proviennent de jeunes patients atteints d’un cancer.


(1) Un enfant est né en novembre 2014 dans un autre hôpital bruxellois grâce à la greffe de tissu ovarien qui avait été prélevé sur une patiente prépubère.

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Article rédigé par Laurence Bockstaele, Extrait du Saint-Luc Magazine n°36 (décembre 2015 - janvier & février 2016)