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09/08/2016

Grossesses sous haute surveillance

La grossesse est un processus naturel qui, la plupart du temps, se passe normalement. Mais dans certains cas, un ou plusieurs problèmes peuvent se présenter, qui nécessitent une surveillance accrue. Rencontre avec le Pr Pierre Bernard, chef de notre Service d'obstétrique.

Qu’appelle-t-on une grossesse à risque ?
Pierre Bernard (PB) : « C’est une grossesse pendant laquelle une anomalie ou une pathologie peut affecter la santé de la mère ou du bébé et/ou perturber le bon déroulement de la gestation. Les trois problèmes purement obstétricaux les plus fréquemment rencontrés sont:
• la menace d’accouchement prématuré (avant 37 semaines) ;
• la prééclampsie, une pathologie qui associe de l’hypertension artérielle et des protéines dans les urines et qui concerne 5 à 10% des grossesses ;
• une rupture prématurée de la poche des eaux avant 37 semaines, qui entraîne un risque d’accouchement prématuré et d’infection du nouveau-né.
Un facteur de risque majeur, ce sont les antécédents : une femme qui a déjà eu un souci lors d’une précédente grossesse est plus à risque d’avoir un problème lorsqu’elle est de nouveau enceinte. Mais les problèmes de grossesse sont souvent peu ou pas prévisibles. D’où la nécessité de suivre rigoureusement toutes les grossesses.»

En quoi le suivi d’une grossesse à risque diffère-t-il d’un suivi « normal »?
PB: « Toute femme enceinte doit se rendre en consultation prénatale pour vérifier que tout est normal. En cas de souci, la maman est suivie de plus près et doit se rendre à davantage de consultations. Il s’agit de surveiller sa santé (examen clinique, prise de la tension, etc.) et celle de son futur bébé, surtout s’il présente lui-même une pathologie ou si la pathologie de sa mère le met dans une situation à risque. Lors d’une consultation de médecine fœtale, par exemple, on peut réaliser une échographie, un examen Doppler(*) et un monitoring fœtal, un examen qui analyse le rythme cardiaque du bébé et permet de détecter d’éventuelles contractions. La fréquence de ces consultations dépend de la sévérité du risque. Par exemple, chez une patiente diabétique, au 3e trimestre de sa grossesse, une écho-doppler et un monitoring sont effectués chaque semaine. »

Que pensez-vous des accouchements à domicile ou en maisons de naissance ?
PB: « Je n’y suis pas favorable. Même des grossesses normales, "à bas risque", peuvent se solder par un accouchement difficile. Exemples : un mauvais monitoring cardiaque du fœtus à cause d’un cordon ombilical enroulé et serré autour de son cou, un bébé qui s’engage mal ou peine à sortir parce que son gabarit est relativement gros par rapport au bassin de sa mère, etc. De telles complications ne sont pas toujours prévisibles. Elles nécessitent une intervention rapide, adéquate et professionnelle, tant obstétricale que pédiatrique, et ce, dans une bonne infrastructure. Même si les risques sont a priori peu élevés, ils existent et, en cas de souci, il faut pouvoir réagir rapidement et adéquatement ! »

Quel est l’avantage d’accoucher à l’hôpital ?
PB: « Le Département de périnatologie de Saint-Luc dispose de toutes les infrastructures et du personnel compétent pour faire face à n’importe quelle situation critique avant, pendant et après l’accouchement. Nous sommes notamment en contact permanent avec les pédiatres du Service de néonatologie. On y transfère les nouveau-nés qui nécessitent des soins spécifiques ou une surveillance médicale accrue. Et si une chirurgie est nécessaire, en cas de malformation cardiaque, par exemple, le bébé est également pris en charge par les Soins intensifs pédiatriques, des cardio-pédiatres et des chirurgiens. Bref, tout est prévu pour lui donner les meilleures chances ! »

Bon à savoir...
La durée normale d’une grossesse est de 40 semaines (à partir des dernières règles). Un bébé est dit prématuré s’il vient au monde avant la 37e semaine. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) considère qu’un fœtus est viable à partir de la 22e semaine, mais en Belgique, la prise en charge des grands prématurés ne commence qu’à partir de 24 semaines. À ce stade de la grossesse, le bébé ne pèse pas plus de 700 g...

La périnatologie à Saint-Luc, c'est :

• 1.800 accouchements par an, dont 75% de grossesses à risque;
• 7 gynécologues obstétriciens + 8 assistants;
• une petite centaine de sages-femmes, de puéricultrices et d’infirmières spécialisées;
• un bloc d’accouchement et une maternité de 20 lits;
• le MIC (« Maternal intensive care »), une unité d’hospitalisation de grossesses à risque de 16 lits;
• une unité de médecine fœtale (consultations, échographies, techniques invasives et non invasives);
• une unité de psychopérinatologie ;
• le Service de néonatologie.

En savoir plus sur notre Service d'obstétrique

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Propos recueillis par Candice Leblanc, Extrait du Saint-Luc Magazine n°38 (juin - juillet - août 2016)
(*) L’écho-Doppler est une échographie qui permet de visualiser les flux sanguins dans les vaisseaux et le cœur.