Lettre d'information n° 62 - Février 2006

Neuronavigation: le GPS du neurochirurgien

Elle a considérablement évolué. Elle a été marquée par la pénétration de l'outil informatique (via la neuronavigation), l'utilisation de plus en plus grande en direct de l'image, la modification de l'activité des assistants et des exigences plus grandes de la part des patients.

C'est de la chirurgie assistée par ordinateur (ou computer assisted surgery). Elle permet de visualiser en 3D le cerveau du patient.

Auparavant, lors d'une intervention, l'image du cerveau du patient n'était que dans la tête du neurochirurgien. Ensuite, avec le développement de l'imagerie médicale, il a pu bénéficier d'images de plus en plus précises: scanners, résonance magnétique(RMN)

La neuronavigation existe depuis une quinzaine d'années. Elle permet, en cours d'opération, de superposer parfaitement les images CT ou RMN du patient à son cerveau lui-même. Nous pouvons localiser précisément une lésion et connaître exactement, via l'écran d'ordinateur, notre position dans le cerveau et déterminer très précisément le chemin vers la cible choisie.

Nous travaillons sur un volume de quelques centimètres cube, avec des mouvements extrêmement retenus. L'ordinateur les accompagne en suivant le point focal du microscope. L'exercice virtuel cérébral du neurochirurgien s'est augmenté de l'apport d'information par l'ordinateur de neuronavigation transmise directement dans les oculaires du microscope.

Actuellement, la neuronavigation est utilisée essentiellement pour les interventions nécessitant une précision millimétrique: interventions sur des tumeurs cérébrales, chirurgie de l'épilepsie, anomalies circulatoires du liquide céphalo-rachidien (liquide contenu dans le système nerveux central) et certaines interventions sur la colonne vertébrale.

Le confort du patient est nettement amélioré. La neuronavigation est très précise. Elle permet de mieux cibler la zone d'intervention et de pratiquer des ouvertures plus petites. Les risques sont donc limités, le réveil est plus rapide et la durée d'hospitalisation moins longue.

Leur vision de la neurochirurgie a changé, ils hésitent à s'impliquer dans la neurochirurgie en particulier académique. C'est une discipline très diversifiée: cerveau, moelle, nerfs périphériques et qui plus est particulièrement stressante car il s'agit de microchirurgie qui se fait sur des volumes petits et très fragiles (système nerveux). Les responsabilités sont très importantes, les conséquences potentiellement grave et la fatigue nerveuse très présente.

Aujourd'hui, la durée de travail des assistants est plus réglementée, les opportunités de pratiquer des interventions sont moins importantes et donc le stress plus grand quand il faut opérer en particulier en première mains. Pour pallier à ceci, nous allons développer un laboratoire de neurochirurgie virtuelle pour leur permettre, en pratiquant des opérations virtuelles de les libérer du stress et de mieux les préparer aux repères anatomiques particulièrement complexe du système nerveux.

Oui, ils sont de plus en plus exigeants, ne réalisent pas toujours la complexité des interventions et acceptent moins bien les éventuelles complications. Leur image du médecin change: de personne de confiance, il devient simple prestataire de soins.

C'est un appareil à très haut champ magnétique (3.0T) qui offre des images d'une très grande précision. Il est couplé à une salle d'opération neurochirurgicale, c'est une première mondiale ! Ce complexe opérationnel et radiologique unique est le fruit d'une collaboration exceptionnelle entre neuro-radiologues, neuro-anesthésistes, ingénieurs, infirmières et neurochirurgiens.

En général en fin de l'intervention, après que le neurochirurgien en charge ait averti les différents partenaires de la période probable du contrôle par RMN, la table sur laquelle le patient est installé glisse sur deux rails vers une salle contiguë où se trouve l'appareil de RMN. Le patient y subit un examen toujours sous anesthésie et dans un environnement parfaitement stérile. Le neurochirurgien peut visualiser directement l'impact de ses gestes en cours de chirurgie. Ceci lui permet de confirmer la précision de son geste ou de le parfaire, par exemple lors d'une résection de tumeur cérébrale.

Ma vision est celle d'un service intégré rassemblant anesthésistes, réanimateurs et neurochirurgiens et complètement digitalisé.

La neuronavigation va se généraliser, les outils se miniaturiser. Les séparations entre les disciplines vont s'estomper, il faudra sans doute revoir les métiers. Il faudra aussi être capable d'observer les progrès techno-biologiques et savoir s'y adapter rapidement. Faire preuve d'une grande souplesse, savoir se remettre en question et toujours garder le goût de la découverte.

En savoir plus...

  1. Les pages du services de neurochirurgie
  2. Neurochirurgie et imagerie médicale: Un appareil de résonance magnétique à très haut champ s'installe au quartier opératoire (communiqué de presse)
  3. "Neurosurgery and Intra-Operative MRI": congrès organisé par le Service de neurochirurgie le 3 mars 2006