Oliver Barbier

Lettre d'information n°93 - Mars 2010

Comprendre et soigner le syndrome du canal carpien

Il résulte d'une "neuropathie compressive", c'est-à-dire une compression du nerf médian lorsqu'il passe dans le canal carpien. La conduction des influx sensitifs, moteurs ou autonomiques par ce nerf est alors altérée.

Canal carpien

Vue sous la peau de la paume de la main et de la face antérieure du poignet:

Le nerf médian (en jaune) passe de l'avant-bras vers la main par l'intermédiaire d'un canal ou tunnel constitué à sa partie postérieure par les petits os du poignet (appelés "le carpe") et à sa partie antérieure par un gros ligament (en vert). Dans la main, le nerf se divise en branches (en jaune) qui se dirigent vers les doigts pour en donner la sensibilité et vers une partie des muscles (en brun) à la base du pouce pour en assurer l'activation. Les interventions chirurgicales visent à sectionner (flèche rouge) le ligament à la partie antérieure du canal carpien pour en augmenter le diamètre et décomprimer le nerf médian qui passe à l'intérieur du canal.

Le syndrome du canal carpien est dominé par des picotements douloureux au niveau des doigts appelés paresthésies avec souvent exacerbation durant la nuit. Les patients décrivent aussi une sensation de gonflement et de lourdeur de la main. Dans les atteintes avancées du nerf médian, sa fonction d'innervation des muscles de la main qui permettent d'opposer le pouce aux autres doigts est aussi altérée. Les troubles sensitifs et moteurs peuvent rendre difficiles les manipulations fines comme boutonner une chemise, prendre de la monnaie dans une poche,...

Les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes. Les âges des nombreux patients opérés par le Pr Barbier d'un syndrome du canal carpien sont régulièrement répartis entre 35 et 85 ans avec ainsi une moyenne à 60 ans.
Parmi les facteurs propres au patient, on retrouve des caractères génétiques ou des conditions biologiques prédisposant à l'apparition de ce syndrome comme le diabète, la grossesse, l'excès de poids ou le tabac.
Au niveau des facteurs externes, les manipulations lourdes répétitives ou le travail régulier avec des machines vibrantes (foreuse, marteau piqueur etc.) sont des facteurs de risque.

Le diagnostic est essentiellement basé sur les symptômes et quelques tests cliniques visant à mettre en évidence la souffrance du nerf médian au niveau du canal carpien. Un examen complémentaire tel que l'électromyographie est aussi réalisé pour différencier ce syndrome d'autres pathologies qui touchent le système nerveux et pour servir de base comparative dans le suivi de l'évolution dans certains cas.
L'électromyographie étudie la conduction du courant par le nerf médian lors de son passage dans le tunnel carpien et aussi la capacité de ce nerf à activer la musculature à la base du pouce. Si le courant est mal conduit, cela témoigne habituellement d'une atteinte compressive du nerf médian dans le canal carpien.

Quel que soit le traitement utilisé, le but est de décomprimer le nerf médian qui passe dans le canal carpien. Il existe des traitements non chirurgicaux comme le port d'une attelle d'immobilisation du poignet ou encore l'injection de cortisone dans le canal.
Une intervention chirurgicale est pratiquée quand le traitement non-chirurgical ne suffit pas ou ne suffit plus, ou encore lorsque le nerf est sévèrement atteint. Il s'agit alors de sectionner le ligament qui referme la partie antérieure du canal carpien. Les bords du ligament s'écartent, augmentant ainsi le diamètre du canal qui cicatrise dans les semaines suivant l'intervention en conservant cet élargissement.
Il existe deux façons d'opérer, par voie chirurgicale ouverte ou par voie endoscopique. Les résultats sont très similaires.
Suite à l'intervention chirurgicale, si le problème a été pris à temps, les paresthésies disparaissent rapidement et le nerf retrouve ses fonctions. Dans le cas d'interventions réalisées à un stade tardif, il peut rester des séquelles comme une perte sensitive ou encore une atrophie musculaire. L'intervention évite néanmoins une aggravation complémentaire.

Le médecin généraliste constitue certainement la première ligne pour le diagnostic et le traitement médical de ce syndrome. Les rhumatologues, les neurologues et les praticiens de médecine physique notamment rencontrent aussi fréquemment des patients qui en souffrent.
La libération chirurgicale du nerf médian peut être réalisée par des chirurgiens de diverses spécialités. Actuellement, il s'agit souvent d'une intervention réalisée sous anesthésie de la main ou du bras et pratiquée en chirurgie ambulatoire. Cependant, même s'il s'agit d'une intervention bénigne, il ne faut pas la négliger et il est donc prudent d'orienter sa demande vers un chirurgien spécialisé dans les pathologies de la main.