Les engelures, plutôt un effet du confinement qu’un signe de COVID-19

Depuis plusieurs semaines, différents cas d’engelures chez des personnes supposées atteintes du COVID-19 ont été rapportés. Une étude menée au sein du Service de dermatologie des Cliniques universitaires Saint-Luc a démontré qu’il n’y avait pas de lien de causalité direct entre le COVID-19 et l’apparition des engelures. Ces dernières pourraient être une conséquence indirecte du confinement et notamment de la sédentarité qu’elle induit.

Depuis le début de la pandémie, les réseaux sociaux et quelques publications scientifiques, font état dans plusieurs pays (Italie, Espagne, France, Belgique, États-Unis) d’une multiplication de cas d’engelures en particulier au niveau des pieds, et plus rarement des mains, principalement chez des adolescents et jeunes adultes. Un lien entre ces engelures et le COVID-19 a donc été évoqué.

Les engelures sont des lésions rouges ou violacées, douloureuses ou prurigineuses, atteignant principalement les orteils et les doigts, en particulier au niveau péri-unguéal. Elles sont généralement la conséquence d’une exposition au froid ou de certaines maladies auto-immunes.

En Belgique, les dermatologues, les pédiatres et les médecins généralistes ont également observé un grand nombre de patients présentant des engelures. Néanmoins, les températures extérieures ayant été exceptionnellement élevées au cours des mois de mars et avril dans notre pays, l'exposition au froid semble une cause peu probable. Une étude récemment menée au sein du Service de dermatologie des Cliniques universitaires Saint-Luc a voulu déterminer si ces engelures étaient indicatives de COVID-19.

Anamnèse, frottis et sérologie

L’équipe de recherche a actuellement inclus 47 patients (moyenne d’âge de 26,5 ans) présentant des engelures typiques qui touchaient principalement les pieds des personnes. Plus de la moitié d’entre elles rapportaient avoir présenté d’autres manifestations suggestives du COVID-19 (notamment fièvre, toux, rhume, troubles digestifs).

Pour chaque patient, une anamnèse détaille a été réalisée : délai d’apparition des engelures, antécédents de maladies auto-immunes et/ou d’engelures, médications, habitudes de vie comme l’activité physique, le temps d’écrans, etc. Les chercheurs ont également effectué un frottis nasopharyngé pour détecter la présence du virus par RT-PCR, une prise de sang pour sérologies COVID-19 et recherche des marqueurs des causes classiques d’engelures. Des biopsies cutanées pour des examens histologiques et en immunofluorescence ont également fait partie du bilan.

Résultats : les frottis nasopharyngés et les sérologies COVID-19 se sont révélés négatifs pour les 47 patients. L’étude n’établit donc pas d’association directe entre les engelures et le COVID-19.

Le rôle du confinement et de la sédentarité

L’étude avance une autre hypothèse pour expliquer l’apparition des engelures chez ces personnes : le confinement et la sédentarité qu’il implique. La majorité des patients interrogés ont en effet augmenté significativement leur temps d’écran tout en réduisant considérablement leurs activités physiques. L’immobilité peut en effet provoquer une diminution de la perfusion sanguine au niveau des membres, ce qui contribuerait au développement des engelures.

Cette étude a pu voir le jour grâce au soutien financier de la Fondation Saint-Luc.