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N°1 - Avril 2013 - Retour au sommaire

Surveiller, ne pas traiter

Très répandu chez l’homme, le cancer de la prostate fait majoritairement l’objet d’un traitement. Or, dans certains cas, il a été prouvé qu’une surveillance active était aussi efficace et bien moins toxique qu’un traitement agressif. Ce type de surveillance est en place aux Cliniques universitaires Saint-Luc depuis 2002. Le Pr Bertrand Tombal, chef du Service d’urologie, nous explique.

Le cancer de la prostate est l’un des cancers les plus fréquents chez l’homme, principalement à partir de soixante ans. Depuis l’introduction du dépistage par le PSA (antigène prostatique spécifique), ce cancer est diagnostiqué le plus souvent chez des patients qui ne présentent aucun symptôme au début de la maladie. Dans la plupart des cas, ce cancer fait l’objet d’un traitement efficace mais qui entraîne souvent des complications : chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, hormonothérapie, etc. Pourtant, dans certains cas, il est plus judicieux de surveiller la tumeur plutôt que de la traiter. Il s’agit d’ailleurs d’une recommandation du Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE).

Ne pas faire pire que la maladie...

« Lorsque nous annonçons à un patient qu’il souffre d’un cancer de la prostate et que nous lui proposons de ne pas le traiter, son inquiétude et son incompréhension sont grandes, explique le Pr Bertrand Tombal. Dès que nous lui expliquons que nous ne le laissons pas tomber mais que, bien au contraire, nous allons le suivre régulièrement et de manière très approfondie, il est rassuré et totalement confiant dans ce type de prise en charge. Nous lui rappelons en outre le fondement de la médecine hippocratique : ne pas faire pire que la maladie elle-même. »

Surveiller... en équipe !

Depuis dix ans, le groupe multidisciplinaire génito-urinaire du Centre du Cancer des Cliniques Saint-Luc propose une surveillance active aux patients atteints d’un cancer de la prostate. Cela nécessite une infrastructure et un soutien complexes : toute une équipe multidisciplinaire participe à la prise en charge du patient. « Ce dernier se retrouve au centre d’un réseau composé d’infirmiers coordinateurs de soins, d’oncopsychologues, de radiologues, d’urologues, de kinésithérapeutes faisant office de coach sportif, etc. qui l’entourent pour lui expliquer la prise en charge, répondre à ses questions, le rassurer, l’aider à corriger ses facteurs de risques (liés souvent à une mauvaise hygiène de vie) et mettre en place un monitoring par imagerie médicale de pointe pour surveiller l’évolution du cancer. »

Ce type de prise en charge a fait ses preuves et s’avère très performante. Pourtant, elle demeure rare en Belgique et en Europe (à l’exception de l’Angleterre et des Pays-Bas) où la tendance majoritaire est de proposer un traitement à tout le monde. « Souvent, les prestataires de soins ne sont pas suffisamment équipés et ne prennent pas le temps de mettre tout cela en place », constate le Pr Tombal.

Le généraliste, une pièce centrale du puzzle.

Si cette approche semble déjà nouvelle pour les urologues, elle peut paraître encore plus novatrice et provocante pour le médecin généraliste. « En quelques années, on est passé des stratégies de diagnostiques et de traitement les plus agressives à un attentisme dont les généralistes pourraient se sentir coupable. Leur engagement dans la surveillance active est important pour mieux connaître le patient dans toutes ses dimensions médicales et ainsi mieux le suivre. Signalons à cet effet la parution prochaine du « GUIDE À L’USAGE DES MÉDECINS GÉNÉRALISTES : Les maladies de la PROSTATE » chez Vivio qui proposera une approche pragmatique et simplifiée des pathologies prostatique aux médecins généralistes ».

Géraldine Fontaine