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N°1 - Avril 2013 - Retour au sommaire

La Gériatrie, une jeune spécialité

Il y a dix ans, Saint-Luc inaugurait son Service de gériatrie. L’occasion de revenir sur cette « jeune » spécialité, ses défis et ses perspectives d’avenir avec le Pr Pascale Cornette, chef du Service de gériatrie, et le Dr Julie Paul, gériatre.

C’est en janvier 2002 que la Gériatrie fait son entrée aux Cliniques Saint-Luc, au sein de la Médecine interne générale. Petit à petit, cette jeune spécialité grandit à partir de deux unités d’hospitalisation et, en 2006, un poste d’infirmière-ressource en Gériatrie est créé afin de mieux prendre en charge les patients âgés fragiles admis dans les autres services. Un an plus tard, un Arrêté royal, « le programme des soins pour le patient gériatrique », définit l’organisation de la gériatrie en Belgique : « Ce programme est centré sur l’unité de soins spécifique de gériatrie mais définit également les fonctions de liaisons internes et externes, l’activité de l’hôpital de jour et les consultations, explique le Pr Cornette. Tous ces axes disposent d’une équipe pluridisciplinaire composée d’infirmières, d’ergothérapeutes, de kinés, de psychologues, de logopèdes, d’assistants sociaux, de diététiciennes, etc. » En quelques années, les Cliniques universitaires Saint-Luc mettent en place l’ensemble de ce programme.

La Gériatrie : c’est pour qui ?

La Gériatrie concerne généralement les patients âgés de septante-cinq ans et plus mais il ne s’agit pas du seul critère. En effet, la plupart des patients âgés souffrant d’un problème aigu bien déterminé seront traités dans un autre service, celui de la spécialité la mieux à même de traiter ce problème. La gériatrie s’adresse surtout à des patients âgés fragilisés qui risqueraient, après un problème aigu et s’ils ne sont pas pris en charge globalement et intensivement, de décliner sur le plan fonctionnel. « Il s’agit de patients compliqués, instables, à risque de chute, de délirium, de dénutrition et qui demandent de nombreux réglages. » Afin de réduire ces risques et d’optimaliser les capacités fonctionnelles de la personne, la prise en charge gériatrique est multidisciplinaire.

Si la gériatrie n’est pas différente des autres spécialités – le patient est toujours au centre des préoccupations – l’âge avancé des personnes induit des questions différentes, parfois difficiles à gérer : maladies graves, perte d’autonomie, fin de vie. « Le temps et la dimension relationnelle prennent d’ailleurs une place importante dans les soins gériatriques », précise le Dr Julie Paul, gériatre.

Surmonter le syndrome gériatrique

En gériatrie, poser un diagnostic s’avère particulièrement difficile, notamment à cause de ce qu’on appelle « le syndrome gériatrique ». « Quand une personne âgée est hospitalisée en Gériatrie, c’est souvent parce qu’elle a fait une chute, qu’elle souffre de délirium, etc. Signes de la fragilité du patient, ces syndromes gériatriques expriment une pathologie aiguë sous-jacente. » Il faut donc déceler la ou les pathologies qui se cachent derrière ces syndromes. La tâche est souvent rendue difficile à cause de l’instabilité de ces patients ; en très peu de temps, leur état peut s’améliorer ou se détériorer.

Les pathologies dont souffrent les personnes âgées sont nombreuses : problèmes infectieux, cardiaques et toutes les pathologies classiques en médecine interne ainsi que des déclins cognitifs tels que la maladie d’Alzheimer. Souvent, plusieurs de ces problèmes coexistent chez un même patient et il convient de hiérarchiser les priorités. Cette polypathologie induit souvent une polymédication. Cette dernière représente également un challenge. Mais le gériatre est entouré d’une équipe pluridisciplinaire : chacun participe aux soins en apportant ses propres compétences. De plus, dans cette discipline, les phases de diagnostic, traitement et réadaptation sont concomitantes. L’objectif est de préserver ou récupérer les capacités fonctionnelles. C’est « une prise en soins » hautement spécifique qui a fait ses preuves. Elle est « evidence-based ».

La qualité de vie, une notion subjective

Préserver la qualité de vie constitue l’une des préoccupations majeures de la gériatrie mais cette notion reste très subjective. « Nous sommes parfois étonnés : des personnes âgées grabataires ou isolées estiment vivre une vie de bonne qualité. Inversement, certaines personnes qui sont à nos yeux relativement actives, se perçoivent comme très dégradées. Dans tous les cas, c’est toujours le patient qui détermine le mieux ce qui a de l’importance pour lui ; le spécialiste doit rester humble et ne pas tenter de se mettre à la place du patient », insiste le Pr Cornette. Certains actes diagnostiques ou thérapeutiques peuvent être très lourds de conséquences et le patient âgé est prêt à discuter de ces choses-là. « Il est capable de dire ce qui compte le plus pour lui : rester chez soi, marcher, ne pas souffrir, voir ses enfants ou encore ne plus être intubé, poursuit le Dr Paul. Les plus jeunes ont tendance à définir la qualité de vie comme un tout : travailler, avoir des enfants, faire du sport, bien manger, être libre, etc. Certains seniors ont derrière eux un long parcours de déclin et ont déjà effectué un important travail de renoncement. Ils sont capables de se recentrer autour de l’un ou l’autre de ces aspects seulement. »

Les perspectives de la gériatrie

Ce n’est un secret pour personne, la population vieillit. A l’avenir, le nombre absolu de personnes âgées sera plus important, ce qui entraînera un plus grand nombre de patients fragiles et à risque. « La gériatrie s’impose pour les années à venir, insiste le Pr Cornette. Si aujourd’hui la gériatrie accueille des patients déjà en grand déclin, l’objectif principal pour les prochaines années sera la prévention du déclin fonctionnel. C’est un vrai challenge qu’elle peut relever en collaborant avec les médecins généralistes et les autres spécialités. Aujourd’hui déjà, toutes les disciplines à l’hôpital soignent des personnes de plus en plus âgées. De nouveaux modèles de collaborations doivent voir le jour pour apporter à ces patients complexes les soins les plus adaptés. C’est déjà le cas de l’oncologie-gériatrie. »

Sylvain Bayet