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N°12 - Novembre 2014 - Retour au sommaire

Retrouver le bon rythme

Pr Christophe Scavée

La fibrillation auriculaire est le trouble cardiaque soutenu le plus fréquent chez l’adulte. Concernant près de 150.000 personnes dans notre pays, elle peut entraîner des conséquences dramatiques et représente un problème de santé publique. Le Pr Christophe Scavée, responsable de l’Unité de rythmologie au sein du Service de pathologie cardiovasculaire, répond à nos questions.

Pr Scavée, qu’est-ce que la fibrillation auriculaire ?

La fibrillation auriculaire (FA) est le trouble cardiaque soutenu le plus fréquent de l’adulte et ce, dès 40 ans. En Belgique, près de 150.000 personnes seraient concernées. C’est énorme et cela représente aussi un coût important pour la sécurité sociale.

Concrètement, qu’est-ce qui se passe?

Le patient fait de l’arythmie (rythme cardiaque anormal). Concrètement, il aura un cœur qui bat plus vite et irrégulièrement. Cela est lié à la disparition du rythme sinusal remplacé par des activités électriques atriales anarchiques qui éliminent la contraction normale des oreillettes. Ceci a deux conséquences : d’une part, une baisse du débit cardiaque et d’autre part, la formation d’une stase sanguine qui peut entraîner le développement de caillots sanguins. Ce désordre électrique touche également les ventricules qui se contractent rapidement et de façon irrégulière, d’où les palpitations et l’essoufflement rapportés par les patients.


Retrouver le bon rythme

Quelles sont les causes de la fibrillation auriculaire ?

Tout d’abord, l’âge. Plus on vieillit, plus le risque sera grand. Ceci concerne les deux sexes, mais surtout les hommes. Il y a aussi l’hypertension, le diabète, les maladies cardiaques en général, les apnées du sommeil… Bref, neuf fois sur dix, il y a une cause sous-jacente qui doit être détectée. Certaines étiologies peuvent être réversibles comme la consommation excessive d’alcool ou certains problèmes thyroïdiens.

Pour le patient, quelles sont les conséquences de la pathologie ?

Leur qualité de vie est directement altérée par les symptômes. Toutefois, 30 % des patients ne se plaignent de rien et leur trouble ne sera diagnostiqué que par hasard lors de la prise des pulsations/réalisation d’un électrocardiogramme pour un autre motif ou au moment de l’apparition de complications graves telles que l’accident vasculaire cérébral (AVC) ou l’insuffisance cardiaque. Comme le sang stagne dans les cavités cardiaques, des caillots risquent de se former et de migrer dans le cerveau avec des conséquences souvent dramatiques. On estime que la fibrillation est responsable d’un AVC ischémique sur quatre ou cinq en moyenne.

Quels sont les traitements ?

Face à une personne souffrant de FA, le plus important est d’abord de déterminer son risque d’AVC et d’y remédier, si nécessaire par la prise d’anticoagulants. Pour le rythme, nous avons deux options : soit on rétablit un rythme normal (par l’entremise d’une prise de médicaments et/ou de chocs électriques voire d’une ablation par radiofréquence), soit on décide de consacrer l’arythmie et de garder le patient en état de FA. Pour cette deuxième option, nous prescrivons des ralentisseurs de la conduction auriculo-ventriculaire afin de stabiliser le rythme cardiaque à une fréquence acceptable. Durant le suivi, le cardiologue peut décider à tout moment de changer de stratégie selon l’évolution du patient. C’est vraiment du cas par cas.

Et que peut-on dire du suivi ?

Il sera minime si l’on réussit à trouver une option thérapeutique curative comme l’ablation par radiofréquence mais cela ne concerne que 10 à 20% des cas. Les autres patients doivent vivre avec leur FA qui peut prendre différentes formes. Idéalement, ils viennent deux fois par an à la consultation. Le cardiologue a l’occasion de vérifier que le traitement est toujours bien adapté en termes de tolérance, de doses, de contre-indications potentielles, de symptômes au quotidien... L’anticoagulation doit être monitorée par le médecin traitant : pour les AVK, des INR réguliers sont nécessaires, pour les anticoagulants oraux directs (dabigatran, rivaroxaban, apixaban), il faut suivre la fonction rénale au moins une fois par an. Le cardiologue suivra le rythme par des électrocardiogrammes et/ou Holter, mais également la fonction cardiaque via des échographies. Un test d’effort régulier est également utile. Et comme les patients souffrent généralement d’autres pathologies sur le côté (hypertension, maladies coronaires et valvulaires…), la consultation en médecine générale ou spécialisée est aussi l’occasion de faire un point global.

Auriez-vous des conseils en matière de prévention ?

Cela passe par le contrôle des facteurs de risque. Par exemple, moins vous êtes hypertendus, moins vous serez à risque de présenter un jour de la FA. Diminuer ses consommations d’alcool, son niveau de stress, perdre du poids constituent toutes des mesures qui auront un certain impact sur l’arythmie.

Quel rôle peut jouer le médecin généraliste ?

Il est en première ligne pour aider à détecter l’arythmie qui reste probablement sous-diagnostiquée puisque 30% des sujets ne se plaignent de rien. Chaque contact avec un patient – en particulier après 40 ans – est donc une chance de détecter un trouble du rythme avant l’apparition de complications ; une prise de pulsation cardiaque suffit pour suspecter une FA, mais le diagnostic sera confirmé par un enregistrement de l’électrocardiogramme. Le médecin généraliste peut facilement évaluer le risque d’AVC et débuter un traitement. Il sera conseillé de demander ensuite un bilan complémentaire en cardiologie pour finaliser la mise au point et décider d’une stratégie thérapeutique à plus long terme.

Sylvain Bayet