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N°12 - Novembre 2014 - Retour au sommaire

Les cancers de l’œsophage, des pathologies complexes

Pr Pierre Deprez

Tous les ans, 1.200 nouveaux cas de cancers de l’œsophage sont diagnostiqués en Belgique. La prise en charge de cette pathologie rare et de ses complications est complexe et doit être réalisée dans un centre de référence. La chirurgie mais également la radio-chimiothérapie et surtout l’endoscopie, spécialité à Saint-Luc, font office de traitements. Le Pr Pierre Deprez, chef du Service d’Hépato-gastroentérologie, nous en parle.


Le cancer de l’œsophage est rare et nécessite un encadrement spécialisé dans un centre de référence. Il existe deux types de cancer de l’œsophage : le cancer épidermoïde et l’adénocarcinome. "Le premier est typiquement causé par l’abus de tabac et d’alcool, explique le Pr Deprez. L’adénocarcinome est, quant lui, lié au reflux acide, très fréquent dans la population. A l’instar du cancer de l’estomac ou du côlon, il s’agit d’un cancer glandulaire."

Causes, symptĂ´mes et diagnostic

L’alimentation trop riche, la prise de poids, le tabac et l’alcool constituent des facteurs de risque de cette pathologie. "Certains patients souffrent ou ont déjà souffert d’un cancer de la gorge, des poumons ; d’autres sont suivis pour un œsophage de Barrett, qui est associé au risque de développer un adénocarcinome." Ne provoquant que très peu de symptômes (dysphagie, reflux, etc.), les cancers de l’œsophage sont majoritairement diagnostiqués à un stade très avancé, "sauf lorsque le patient subit une endoscopie de screening ou de surveillance de Barrett." Plus la tumeur est avancée – surtout pour les épidermoïdes – moins le pronostic est favorable. "Dès que le cancer dépasse la paroi de l’œsophage, il rentre en contact avec des structures vitales (péricarde, cœur, poumon) ou métastase dans l’organisme ; il devient dès lors très difficile à traiter."


Les cancers de l’œsophage, des pathologies complexes

4 stades pour déterminer le traitement

Face au cancer de l’œsophage, plusieurs traitements sont possibles : chirurgie, radio-chimiothérapie et endoscopie. Le choix de la prise en charge sera déterminé selon le stade atteint par la tumeur (T1, T2, T3 et T4) et la présence de métastases ganglionnaires ou à distance. Ainsi, les cancers du stade T4 (avec métastases) seront traités par chimio ou radio-chimiothérapie. La chirurgie sera principalement destinée aux cancers qui s’étendent jusqu’au muscle de l’œsophage (T2) ou qui dépassent le muscle (T3), mais sans métastase ganglionnaire. Enfin, les T1 seront principalement traités par endoscopie. La proposition de traitement est toujours discutée lors de concertations oncologiques multidisciplinaires où participent chirurgiens, gastroentérologues, oncologues, radiothérapeutes, radiologues et pathologistes.

Une chirurgie lourde nécessitant une grande expertise

La chirurgie est proposée dans le but de guérir le patient (visée curative) dans les cas où le cancer est dit "résécable" (en d’autres termes, on peut enlever la tumeur de façon curative) et lorsque l’état clinique du patient le permet. "Certains patients ont déjà été traités pour un autre cancer au niveau des poumons ou de la gorge ; ce qui peut augmenter le risque opératoire", continue le Pr Deprez.

Particulièrement lourde, la chirurgie se déroule en trois temps (abdominal, thoracique et cervical) : concrètement, l’œsophage est disséqué puis remplacé par de l’estomac. "C’est une intervention à haut risque, susceptible d’entraîner des complications et qui implique un passage aux Soins intensifs." Le taux de mortalité s’élève à 5%, un chiffre qui se réduit à 1 ou 2 % dans un centre expert. "C’est pour cette raison que le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) recommande que ces opérations prennent place uniquement dans des centres de référence. Les Cliniques Saint-Luc en font partie."

L’endoscopie, spécialité de Saint-Luc…

Quand elle est permise (stade T1), l’endoscopie présente de nombreux avantages pour le patient : intervention moins invasive, diminution des risques et des séquelles, retour de la personne à son domicile le lendemain de l’intervention.

Pr Pierre Deprez

L’endoscopie comprend deux modalités : la mucosectomie par dissection sous-muqueuse (ESD) et la radiofréquence. La mucosectomie consiste à injecter un produit pour décoller la tumeur qui sera, ensuite, disséquée sous muqueuse avec un couteau chirurgical. "Nous sommes leaders en Europe avec plus de 500 patients traités à ce jour par mucosectomie." Pour des tumeurs très superficielles dans l’œsophage de Barrett, la radiofréquence est utilisée à Saint-Luc depuis plusieurs années et offre l’avantage de diminuer encore le risque de complications. Elle nécessite l’introduction d’une sonde dans l’œsophage. "Gonflée, la sonde s’applique sur toutes les parois et cautérise les parties touchées par la tumeur. Depuis trois ans, nous nous battons afin d’obtenir le remboursement de cette technique par l’INAMI – une telle sonde coûte près de 3.500 euros… Théoriquement, il devrait y avoir un budget l’année prochaine pour couvrir cette prise en charge."

Aussi complexes que les techniques chirurgicales, les modalités d’endoscopie doivent prendre place dans un centre de référence disposant de suffisamment d’expérience pour le diagnostic, le traitement et la gestion des complications (perforation, hémorragie, etc.). Aux Cliniques Saint-Luc, 50 % des patients sont traités via cette voie avec un taux de succès de 95%.

Sylvain Bayet