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N°12 - novembre 2014 - Retour au sommaire

VIH : améliorer les techniques de dosage des médicaments

Dr Leila Belkhir

Chaque année, près de 1.000 nouveaux patients porteurs du virus VIH sont encore diagnostiqués en Belgique. Si les traitements actuels permettent de contrôler la multiplication du virus et d’éviter la progression de la maladie vers le stade SIDA, ils provoquent parfois des effets secondaires. Leur efficacité et leur toxicité peuvent être influencées par certains facteurs génétiques appelés polymorphismes. Soutenue par la Fondation Saint-Luc, le Dr Leila Belkhir, du Service de médecine interne et du Centre de référence VIH, mène un projet de recherche afin d’améliorer les techniques de dosages de ces médicaments et d’établir des liens éventuels entre efficacité, toxicité et polymorphismes génétiques.


Aux Cliniques Saint-Luc, près de 1.200 patients séropositifs sont suivis en consultation par l’équipe du Centre de référence VIH (dirigé par le Pr Bernard Vandercam). Porteurs du virus, les séropositifs ne sont pas nécessairement malades : "Le virus s’attaque à certains globules blancs appelés lymphocytes T4 mais ce n’est que lorsque le seuil des lymphocytes T4 devient très bas que la personne risque de développer des infections opportunistes", explique le Dr Belkhir. Il est de moins en moins fréquent d’atteindre un tel stade car les traitements actuels permettent de contrôler la réplication du virus et de maintenir un taux de lymphocytes T4 suffisamment élevé. "Le virus est rendu dormant, c’est-à-dire qu’il reste caché dans certaines cellules." En outre, le traitement antirétroviral habituel consiste en une trithérapie (3 médicaments différents) afin d’éviter l’émergence de résistances contre les traitements.


VIH : améliorer les techniques de dosage des médicaments

Au départ du projet : effets secondaires et polymorphisme

Si elles s’avèrent très efficaces pour contrôler le virus VIH, les trithérapies peuvent présenter des inconvénients importants. D’abord, les traitements peuvent s’accompagner d’effets secondaires immédiats (éruption cutanée, nausée, diarrhée…) ou à plus long terme (insuffisance rénale, troubles neurologiques, lipodystrophie…) difficiles à vivre au quotidien. Les polymorphismes génétiques peuvent expliquer une partie de cette problématique. "Dans la population, il y a un petit pourcentage de personnes qui métabolisera différemment un médicament ; c’est lié à la présence d’un polymorphisme génétique, la mutation d’un enzyme particulier impliqué dans la métabolisation et/ou l’élimination du médicament. Chez ces personnes, le traitement risque alors d’être moins efficace ou plus toxique."

Ces phénomènes peuvent également être corrélés à des concentrations plasmatiques et/ou intracellulaires de médicament inappropriées. Aussi, le projet de recherche du Dr Belkhir vise à mettre en lumière la corrélation qui pourrait exister entre certains effets secondaires, le polymorphisme génétique et les concentrations de médicaments dans le sang et/ou dans les globules blancs (cible du virus) pour certains médicaments antirétroviraux fréquemment utilisés.

Prélever des globules blancs

Dans un premier temps, il a fallu isoler des globules blancs de patients traités. Lors de la consultation, les patients participant à l’étude se voient prélever une certaine quantité de sang. Deux heures après, le tube de sang est centrifugé : "comme les globules blancs ont une masse différente de celles du plasma et des globules rouges, il est possible de les isoler." Après des phases de rinçage et de centrifugation à froid, le culot de globules blancs isolés est congelé à -80 degrés jusqu’au jour des dosages de concentrations médicamenteuses. "Pendant un an, j’ai effectué de tels prélèvements afin d’avoir suffisamment de patients pour l’étude", continue le Dr Belkhir.

Mesurer la concentration du médicament

La deuxième phase du projet nécessitait le développement d’une technique pour mesurer la concentration de médicaments dans les globules blancs. Pour cela, le Dr Belkhir a pu compter sur la supervision du Pr Vincent Haufroid, spécialiste dans les techniques analytiques de dosage des médicaments, et la collaboration de Morgane De Laveleye, assistante pharmacienne en Biologie clinique, qui a participé activement au développement et à la validation de la technique d’analyse. "Comme nous disposions des globules blancs, il "suffisait" de les "exploser" puis de mesurer la quantité de médicaments présente dans l’échantillon et ensuite de rapporter en fonction des volumes mis en jeu afin de calculer la concentration finale dans l’échantillon."

Détecter des corrélations

Une fois que la concentration du médicament sera connue, le Dr Belkhir et son équipe étudieront les éventuelles corrélations qui pourraient exister avec l’efficacité du traitement, les effets secondaires et le polymorphisme génétique. A ce jour, plus de 150 patients soignés aux Cliniques Saint-Luc participent à cette étude. "Ils se sont montrés très motivés et très fiers à l’idée de participer à la recherche sur le VIH", se réjouit le Dr Belkhir. Une partie des résultats seront, elle l’espère, publiés dans le courant de l’année 2015.

Sylvain Bayet