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N°4 - Juillet-Août 2013 - Retour au sommaire

En finir avec le « corps-objet »

L’activité physique prend une place de plus en plus considérable dans la prise en charge des personnes atteintes d’un cancer. Ingrid de Biourge et Anne-Claire Latiers, kinésithérapeutes aux Cliniques Saint-Luc, ont récemment obtenu une bourse de la Fondation Saint-Luc afin de développer des séances d’activités physiques adaptées durant le traitement. Elles nous parlent de leur projet qui concernera d’abord les patientes atteintes d’un cancer du sein.

« On a souvent tendance à surprotéger les patients atteints d’un cancer, explique Ingrid de Biourge. Or, pour leur donner les meilleures chances, il est nécessaire de les motiver à bouger et ce, dès l’annonce du diagnostic. » L’activité physique présente en effet de nombreux bienfaits. Pratiquée régulièrement, elle joue un rôle dans la prévention du cancer et protège partiellement le corps lors du déclenchement de la maladie. Durant la phase de traitement, elle diminuera certains effets secondaires (fatigue, fonte musculaire, etc.) ainsi que les risques de récidives.

Grâce à une bourse de la Fondation Saint-Luc, Ingrid de Biourge et Anne-Claire Latiers vont pouvoir développer leur projet. « Nous souhaitons que l’activité physique fasse partie intégrante de la prise en charge des personnes souffrant d’un cancer, poursuit Anne-Claire Latiers. Cela se traduira par l’aménagement d’un temps de travail destiné à des séances d’activités physiques adaptées pour les patientes atteintes d’un cancer du sein durant leur traitement. »

Sensibiliser dès le diagnostic

Pour les deux kinésithérapeutes, dès l’annonce du diagnostic, il faut commencer à sensibiliser la patiente aux bénéfices de l’activité physique. « A terme, nous souhaiterions d’ailleurs qu’une même sensibilisation soit réalisée au Centre de Traitement Ambulatoire par un professionnel de la santé (médecin, kinésithérapeute, infirmière) », insiste Ingrid. Les patientes résidant à proximité de Saint-Luc et désireuses de participer, sont orientées vers des séances d’activités physiques organisées aux Cliniques. Peu après le diagnostic, la patiente réalise un bilan complet en consultation de médecine physique (état général, détection des contre-indications à la pratique sportive, etc.) dans l’optique d’adapter les futures séances. Un autre bilan prendra place à la fin du traitement et ce, afin d’orienter au mieux la personne : programme Raviva de la Fondation contre le Cancer, prise en charge individuelle par un kiné si présence d'un trouble spécifique, groupes d’activités intensives, etc.

Travailler, échanger, rassurer

Pendant toute la durée de son traitement, la patiente a l’opportunité de participer à des séances d’activités physiques à Saint-Luc sous la supervision d’un kinésithérapeute. Ce dernier accompagne individuellement chaque participante en fonction du bilan de santé réalisé précédemment. « Si une patiente est limitée par une atteinte précise, nous l’orienterons de la manière la plus adéquate. C’est notre rôle d’assurer une surveillance optimale et de rester en contact avec le médecin », explique Anne-Claire.

D’une durée d’une heure et demie, la séance se découpe en plusieurs temps : échauffement, exercices d’endurance, travail analytique, assouplissement et détente. Cette dernière partie permet aussi un temps de questions/réponses. « Chez une personne atteinte d’un cancer, le moindre symptôme – une douleur par exemple – risque d’être interprété de manière alarmiste, poursuit Anne-Claire. Nous sommes là pour la rassurer et au besoin, faire le relais avec les oncologues. » Réunissant des groupes de dix personnes maximum, les séances favorisent encore les échanges de vécu et luttent contre le décrochage social consécutif à la maladie.

Ne plus subir la maladie

Outre les effets bénéfiques sur son traitement, l’activité physique donne l’opportunité au patient de se prendre en main. « Les patientes ont parfois l’impression d’avoir un "corps-objet", entièrement envahi par le médical, explique Ingrid. Grâce à la pratique d’activités physiques et d’autres initiatives telles que l’Espace bien-être, la qualité de vie du patient sera améliorée. Cela fait partie intégrante du traitement. »

Sylvain Bayet