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N°4 - Juillet-Août 2013 - Retour au sommaire

Un pansement biologique contre les plaies chroniques

De nombreux patients atteints du diabète souffrent de plaies dites « chroniques ». Cette complication constitue la première cause d’hospitalisation et d’amputation chez les diabétiques (essentiellement pour le diabète de type 2). Dans le but de mettre au point un traitement alternatif pour ces patients, le Dr Aurore Lafosse du Service de chirurgie plastique, travaille au développement d’un pansement biologique au sein du Centre de Thérapie Tissulaire et Cellulaire des Cliniques Saint-Luc. Elle répond à nos questions.

Quel est le point de départ de votre recherche ?

Il s’agit de trouver un traitement alternatif destiné aux patients diabétiques souffrant de plaies chroniques que l’on n’arrive pas à traiter de manière classique. De nombreuses personnes atteintes de diabète subissent cette complication, première cause d’hospitalisation et d’amputation pour la pathologie. Aussi, nous essayons de développer une thérapie cellulaire qui permettrait de régénérer la peau dans le cadre de cette indication dans un premier temps.

Pourquoi le diabète peut-il entraîner des plaies chroniques ?

De nombreuses étapes de la cicatrisation se voient altérées par le diabète qui entraîne des déficits à plusieurs niveaux : vasculaire (souvent lié à une insuffisance artérielle et à une altération de la microcirculation), réactions immunitaires et inflammatoires (jouant un rôle important dans le processus de cicatrisation) et dysfonctions cellulaires (migration, sécrétion de cytokines et facteurs de croissance).

Quels sont les traitements actuels ?

Plusieurs pansements spécifiques sont disponibles actuellement ; ils maintiennent un environnement humide et certains délivrent des facteurs de croissance. Cependant, ils s’avèrent insuffisants dans des cas difficiles car ils ne restaurent pas le processus de cicatrisation d’une plaie diabétique. En cas d’échecs de ces traitements par pansement, il existe différentes interventions chirurgicales telles que les greffes de peau. Mais chez certains patients, les problèmes d’infection et de déficit de vascularisation locale rendent ces techniques peu efficaces. En outre, le lit de la plaie étant incapable de permettre une prise de greffe durable, les risques de récidives sont donc assez élevés.

En quoi consiste votre projet ?

Nous travaillons au développement d’un pansement biologique susceptible de restaurer localement des conditions favorables pour la cicatrisation. Ce pansement serait composé de couches cellulaires déposées sur un support biocompatible.

Comment réaliserait-on un tel pansement ?

L’idée est d’utiliser les cellules souches adipeuses du patient concerné. En consultation, un échantillon de graisse est prélevé sous anesthésie locale à l’aide d’une fine canule et envoyé directement au Centre de Thérapie Tissulaire et Cellulaire. En salle blanche (zone stérile), nous isolons les cellules souches de la graisse pour ensuite les cultiver dans des milieux adaptés. Notre projet consiste à mimer les conditions des plaies diabétiques en vue d’étudier les différentes propriétés de ces cellules souches. Ceci permettra d’optimaliser le phénomène de la cicatrisation.

Par la suite, les cellules doivent être implantées sur un support biocompatible. Actuellement, nous travaillons avec une matrice de collagène déjà utilisée par le Centre de Thérapie Tissulaire et Cellulaire. Disposées sur le support, les cellules se développent jusqu’à le recouvrir entièrement. C’est à ce moment que le pansement biologique peut être implanté sur la plaie du patient et permettre aux cellules d’exercer leur effet sur le tissu lésé.

Ce type de pansement a-t-il déjà été employé ?

Pour une autre indication (radionécrose, drépanocytose et vasculite) et en collaboration avec le Service de chirurgie plastique, trois patients ont déjà bénéficié d’une telle technique dans le cadre d’un protocole clinique d’exception hospitalière. En outre, le Centre de Thérapie Tissulaire et Cellulaire dispose d’une certaine expérience dans les domaines des cellules souches adipeuses (dans le cadre de la reconstruction osseuse) et du diabète (transplantations d’îlots pancréatiques). C’est sur cette base solide que s’appuie notre projet de recherche.

Pour le moment, nous avançons pas à pas afin de rendre le pansement le plus efficace possible. L’important étant de bien connaître les cellules et ce qu’elles peuvent apporter ainsi que le support le plus adapté.

Sylvain Bayet