Vous êtes ici: >> Professionnels >> Actualités >> Luc@rne

N°4 - Juillet-Août 2013 - Retour au sommaire

Epilepsie réfractaire : diviser pour mieux contrôler

Les Prs Christian Raftopoulos et Kenou Van Rijckevorsel, respectivement chef du Service de neurochirurgie et épileptologue responsable du Centre de l’épilepsie réfractaire des Cliniques Saint-Luc, ont développé une technique chirurgicale innovante et prometteuse pour la prise en charge des patients souffrant d’épilepsie réfractaire. Cette technique a notamment permis une réduction significative des crises pour 80% des patients et avec un minimum de complications.

Une crise épileptique est une décharge anormale hypersynchrone d’une masse critique de neurones d’une région du cortex cérébral. Une personne sur dix présentera dans sa vie une crise épileptique et 10% d’entre elles deviendront épileptiques. Pour 2/3 des patients, un traitement médical permettra de contrôler les crises. Malheureusement, le tiers restant présentera une épilepsie dite « réfractaire » au traitement médical. Ces patients risquent de présenter de nombreuses complications : chutes, blessures, fractures et mort subite. Seule la chirurgie peut réduire la fréquence de leur crise d’au moins 50%, voire même de les supprimer. Quatre grandes techniques sont actuellement employées : la résection corticale, la stimulation par électrode (palliatif), la destruction par rayonnement et enfin les déconnections.

Transsections sous-piales multiples (MST)

Parmi les déconnections figurent les transsections sous-piales multiples (MST). Cette technique est utilisée lorsque le foyer épileptogène se situe au niveau d’une région corticale primaire, c’est-à-dire une région qui ne peut être retirée en raison de son importance majeure. A l’aide d’un micro-crochet, des déconnections parallèles les unes aux autres sont réalisées dans le cortex cérébral lui-même. L’objectif est d’interrompre les connections horizontales intracorticales entre les neurones sans altérer les projections verticales qui soutiennent leur activité primaire. De cette manière, la masse critique nécessaire à une crise d’épilepsie ne peut être atteinte par diffusion du foyer princeps. « La crise d’épilepsie peut être comparée à une manifestation de personnes en colères, illustre le Pr Raftopoulos. Pour la contrôler, les forces de police vont séparer les manifestants en plusieurs groupes. C’est exactement ce que nous faisons en isolant les neurones qui s’activent en même temps. » Cette technique efficace – 75 % des patients présenteront une amélioration significative – présente néanmoins des complications (jusqu’à 23% de risque). Par exemple, le risque d’œdème cérébral majeur est d’environ 10 %.

Une nouvelle technique : les MST radiaires

Afin d’éviter les complications consécutives aux MST, le Pr Christian Raftopoulos, en collaboration avec le Pr Kenou Van Rijckevorsel, a développé la technique des MST radiaires. Cette pratique tire son nom du fait que plusieurs MST peuvent être réalisées à partir d’un même point d’entrée, leur donnant une distribution radiaire. En procédant de la sorte, le nombre de perforations corticales de surface est moindre, ce qui évite les hémorragies arachnoïdiennes. Les MST radiaires ont permis d’améliorer les résultats. « Chez 80% des patients, les crises ont diminué de manière significative et surtout avec un minimum de complication : aucun cas d’œdème cérébral majeur ne fut observé et seulement 3,2 % de séquelles neurologiques prolongées mais mineures sont à rapporter. » La technique s’avère donc aussi efficace que les MST parallèles tout en réduisant fortement les risques de complications sévères et permanentes. « Ces résultats devraient encourager sa réalisation dans des cas sélectionnés afin d’améliorer la qualité de vie de ces patients. »

Entre 2003 et 2010, 63 patients ont été opérés par cette technique. Les résultats ont été publiés au mois de juin dans la revue américaine de neurochirurgie Neurosurgery.

Caroline Bleus