Vous êtes ici: >> Professionnels >> Actualités >> Luc@rne

N°5 - Septembre 2013 - Retour au sommaire

Prendre la septicémie de vitesse

Chaque année, de nombreuses septicémies sont diagnostiquées chez les patients hospitalisés. Un minimum de 24 heures est nécessaire pour identifier la bactérie responsable de l’infection. Un délai beaucoup trop important. Grâce à une bourse de la Fondation Saint-Luc, le Dr Alexia Verroken, du Service de microbiologie, développe une nouvelle méthode d’identification plus rapide. Elle nous présente son projet.

Quels sont les patients concernés par la septicémie ?

A Saint-Luc, plus de 900 épisodes de septicémie sont diagnostiqués et pris en charge tous les ans. Ces infections touchent tout le monde mais il existe des catégories de patients déjà fragilisés et donc plus à risque : les personnes hospitalisées aux Soins intensifs, les patients opérés et les immunodéprimés en Oncologie ou en Hématologie.

Quelles sont les conséquences d’une septicémie ?

Si le patient est rapidement pris en charge et qu’il reçoit les antibiotiques appropriés, les conséquences de la septicémie sont mineures. Dans le cas contraire, cela peut aller jusqu’à mettre en jeu sa survie. Dès qu’on suspecte une septicémie, il faut très rapidement identifier la bactérie afin de mettre le patient sous l’antibiotique qui convient.

Comment identifier une bactérie ?

Avant, nous utilisions une méthode classique basée sur les caractéristiques biochimiques des bactéries et l’identification prenait au minimum 24 heures... Afin de raccourcir ce délai, le Service de microbiologie a récemment acquis un spectromètre de masse. En 2012, nous avons développé une technique permettant des identifications avec cet appareil en 5 heures de temps au lieu des 24 heures initiales. Pour 86% des flacons testés, un résultat d’identification a été obtenu. Mais pour gagner plus de temps encore, il fallait changer l’ensemble du workflow de prise en charge des prélèvements de sang (hémocultures) des patients septiques.

De quelle manière ?

L’identification des bactéries se fera par spectrométrie de masse, soit directement sur le sang du patient, soit sur de très jeunes cultures bactériennes. Le résultat sera obtenu en quelques minutes. D’autres techniques seront également appliquées afin de donner des résultats plus rapides encore en termes de sensibilité aux antibiotiques. Nous objectivons de rendre des résultats d’identification et d’antibiogramme le jour de la détection de la septicémie, permettant ainsi de gagner 24 à 48 heures.

Quels sont les avantages de cette technique ?

Grâce au gain de temps, les patients bénéficient d’un traitement adapté plus tôt, ce qui empêche l’infection d’évoluer et de provoquer plus de dégâts. Ensuite, utiliser des antibiotiques ciblés s’avère moins coûteux que des antibiotiques à large spectre et diminue la pression antibiotique en général. Cela a également un impact sur la durée d’hospitalisation. Enfin, cette technique met aussi plus vite en évidence les germes multi résistants qui risqueraient de toucher d’autres patients fragilisés dans l’hôpital.

Quelles sont les perspectives de votre étude ?

L’objectif de notre étude est de démontrer l’impact clinique de ce nouveau workflow chez les patients. Après quatre mois d’observation, nous procéderons à quatre mois d’intervention avec la technique. A la fin, nous effectuerons une comparaison des données des deux périodes afin de mettre en lumière les bénéfices cliniques du protocole.

Sylvain Bayet