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N°9 - Mai 2014 - Retour au sommaire

Les défis de l’andrologie

Pr Christine Wyns

Depuis 2005, des spécialistes et des chercheurs travaillent sur des techniques de préservation de la fertilité chez des jeunes garçons pré-pubères. La chimiothérapie prescrite pour traiter le cancer ou en préparation d’une transplantation de moelle réalisée pour traiter certaines maladies hématologiques graves est, en effet, très toxique pour les gonades. Le Pr Christine Wyns, chef du Service de gynécologie et d’andrologie des Cliniques Saint-Luc, nous en parle.

Les spécialistes et chercheurs du Laboratoire d’andrologie et du Service de gynécologie et andrologie, dirigés par le Pr Christine Wyns, travaillent depuis 2005 sur des techniques de préservation de la fertilité chez les jeunes garçons pré-pubères. « Ces derniers ne produisant pas encore de spermatozoïdes, il est très important de préserver leurs cellules souches de la spermatogenèse», explique le Pr Wyns. Les hommes souffrant d’un cancer sont concernés par la problématique de la restauration de leur fertilité. La chimiothérapie prescrite pour traiter le cancer ou en préparation d’une transplantation de moelle réalisée pour traiter certaines maladies hématologiques graves est, en effet, très toxique pour les gonades.

Deux pistes sérieuses pour restaurer la fertilité masculine

« Nous avons créé une banque de tissus testiculaires immatures, poursuit la spécialiste. Prélevés avant le début du traitement, ces tissus sont stockés dans l’attente d’une technique 100% fiable de restauration de la fertilité après leur décongélation. Nous travaillons depuis plusieurs années sur deux techniques : l’autotransplantation des tissus testiculaires immatures et la maturation in vitro de la cellule souche pour l’amener à devenir spermatozoïde. Nous avons déjà obtenu d’excellents résultats, notamment en ce qui concerne la maîtrise du processus de congélation et de décongélation. Les cellules que nous décongelons prolifèrent et débutent leur différenciation, ce qui est bon signe. Il nous reste encore à affiner ce modèle car l’environnement murin (de la souris) sur lequel nous travaillons n’est pas le même que celui de l’homme. »

Restaurer la fertilité masculine

En recherche fondamentale, les équipes du Service de gynécologie et d’andrologie travaillent sur une solution de restauration de la fertilité pour les patients qui n’ont pu stocker leurs tissus reproducteurs avant le traitement par chimiothérapie. Les chercheurs tentent par ailleurs de comprendre l’infertilité masculine d’origine génétique pour mieux la traiter.

Avec l’arrivée du Pr Wyns à la tête du Service en 2012, le secteur de l’andrologie est en plein développement. Déjà leader mondial en matière de banque de tissus testiculaires immatures, avec un grand nombre d’échantillons en stock, les Cliniques Saint-Luc entendent devenir un centre de référence dans le domaine de la fertilité masculine.

La cryopréservation ovarienne est-elle toujours d’actualité ?

Les équipes de Saint-Luc travaillent toujours sur la cryopréservation ovarienne, en parallèle des programmes de recherche sur la fertilité masculine. « Suite à l’amélioration des techniques de cryopréservation des ovocytes, la cryopréservation de tissu ovarien présente cependant moins d’intérêt, sauf pour les patientes pré-pubères, note Christine Wyns. En effet, la majorité des cryopréservations ovariennes sont réalisées pour les patientes souffrant d’un cancer du sein, or le tissu ovarien cryopréservé est susceptible de contenir des cellules cancéreuses, ce qui contre-indique son autotransplantation. Ceci est également vrai pour d’autres maladies, en particulier les leucémies. Pour ces patientes, nous privilégions aujourd’hui la cryopréservation des ovocytes. Pour les patientes prépubères présentant un risque de contamination du tissu par des cellules cancéreuses, les recherches doivent s’orienter sur la maturation in vitro des follicules primordiaux ovariens, une alternative à l’autotransplantation. »

GĂ©raldine Fontaine